Une récente étude de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) confirme que le secteur du transport aérien français connaît une perte de compétitivité depuis l’entrée en vigueur de la hausse de la Taxe de Solidarité sur les Billets d’Avion (TSBA) le 1er mars 2025.
Les premières données indiquent une « croissance molle » pour la France, contrastant avec la dynamique observée dans le reste de l’Europe. Une analyse partagée par le Syndicat des Compagnies Aériennes Autonomes (SCARA), qui alerte sur les risques pour l’attractivité du pavillon national et la connectivité des territoires.
La mesure fiscale, qui a alourdi les charges du secteur de 850 millions d’euros par an, a directement impacté le coût des billets. Selon la DGAC, cette augmentation représente jusqu’à deux points d’inflation supplémentaire sur les tarifs aériens et cette hausse significative a directement affecté la demande et l’accessibilité du transport aérien. Selon le syndicat, la situation est d’autant plus préoccupante que l’exonération de la taxe prévue pour les territoires ultramarins, la Corse et les lignes sous délégation de service public n’est toujours pas appliquée, dans l’attente d’une validation par l’Union Européenne.
Le pavillon français pénalisé face aux concurrents européens ?
L’étude de la DGAC révèle que l’offre de sièges au départ de la France n’a progressé que de 1,5% à partir du deuxième trimestre 2025, un chiffre bien inférieur à la moyenne européenne de 4,5%. Le SCARA y voit une conséquence directe : dans un contexte de pénurie de flotte, les compagnies aériennes procèdent à des arbitrages et privilégient les dessertes les plus rentables au détriment des marchés les plus taxés comme la France.
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Le rapport de la DGAC met également en lumière une forte divergence des politiques fiscales en Europe. Alors que la France augmentait sa taxe, la Suède supprimait la sienne et l’Allemagne engageait une réflexion pour la diminuer. Pour le SCARA, ce manque d’harmonisation fiscale pénalise avant tout les transporteurs français, qui réalisent l’essentiel de leurs opérations au départ de l’Hexagone et sont donc moins flexibles que leurs concurrents étrangers pour réallouer leurs capacités. En revanche, la France n’est pas un cas unique en Europe. En 2025, plusieurs pays de l’UE ont décidé d’augmenter leurs taxes aériennes, notamment en Belgique (+150% par rapport à 2024 et 2025), la Norvège ou encore l’Espagne et la Lettonie. Ces mesures, pour le cas de la France, de l’Espagne et de la Lettonie, ont d’ailleurs eu comme conséquence le retrait total ou partiel de Ryanair, faisant de la fiscalité un critère de choix pour le développement de son réseau.
Et en 2026 ?
Le SCARA soulève également la question de la finalité des recettes de la TSBA. L’étude de la DGAC précise que sur les 1,3 milliard d’euros de recettes annuelles, 80% sont reversés au budget général de l’État et 20% à l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), notamment pour des projets routiers et ferroviaires. Le syndicat regrette que la « taxe Chirac » originelle, initialement destinée à la solidarité internationale, ait été absorbée dans le budget général sans affectation dédiée, éloignant ainsi la taxe de « ses objectifs premiers ».
Dans le projet de loi de finances 2026, l’Etat ne prévoit pas de TSBA. Lors de son adoption définitive début 2025, le gouvernement avait assuré que la hausse de cette taxe serait temporaire (sur une année seulement -NDLR), dans l’objectif d’augmenter les recettes dans un contexte de crise budgétaire. En revanche, le gouvernement Lecornu mentionne dans son texte une nouvelle taxe sur les soldes excédentaires de la taxe sur les nuisances sonores aériennes (TNSA). Cette taxe créée en 1992, permet de financer des travaux d’insonorisation des bâtiments à proximité des aéroports, principalement des habitations. Concrètement, les aéroports disposant d’un stock de trésorerie supérieur à 45 millions d’euros au 31 décembre 2025 devront reverser l’excédent à l’État. Cette mesure concerne principalement les aéroports du groupe ADP, qui affichaient un stock de 123 millions d’euros fin 2024. Le projet de loi de finances 2026 est actuellement examiné à l’Assemblée Nationale, qui a jusqu’au 23 novembre 2025 à minuit pour le finaliser, date à laquelle le texte sera envoyé au Sénat, sauf si une nouvelle motion de censure venait à être adoptée…
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