TSBA : la France est-elle devenue trop chère pour les compagnies aériennes ?

Le secteur aérien français s’est réuni au congrès de l’UAF et tire la sonnette d’alarme face à une fiscalité jugée « punitive ». Selon les projections des professionnels, cette pression fiscale menacerait la connectivité des territoires et se traduirait par une perte de trafic massive dès les prochains mois.
 
La compétitivité de la France comme destination aérienne est-elle en danger ? C’est la crainte exprimée par les dirigeants d’aéroports et de compagnies aériennes le 28 novembre denier lors du congrès de l’UAF et FA (Union des Aéroports Français et Francophones Associés), qui dénoncent un « décrochage » national par rapport à ses voisins européens. En cause, selon eux, une succession de mesures fiscales, dont la hausse de la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA) votée en 2025, qui alourdit significativement les coûts d’exploitation.
 
 
Cette pression fiscale aurait des conséquences directes et imminentes sur l’offre de transport. Les compagnies à bas coûts, qui assurent 44% du trafic hexagonal et plus de 50% dans la plupart des aéroports régionaux, commenceraient à se détourner du marché français, jugé moins rentable que d’autres en Europe. Le cas de Ryanair a été cité comme un exemple représentatif : la compagnie irlandaise prévoit de réduire ses capacités en France de 11,3 % pour la saison hivernale, tout en les augmentant de 10,3% en Italie ou de 19% en Pologne.

Une perte estimée à 750.000 passagers l’an prochain

Ce redéploiement stratégique n’est pas sans conséquence. Selon Thomas Juin, Président de l’UAF & FA : « Ce désengagement se traduira par la perte de 638.000 passagers cet hiver, à la suite de la suppression de 20 liaisons. La tendance s’accentue déjà pour la saison été 2026, avec une perte estimée de 750.000 passagers ». L’addition de ces deux vagues de réduction d’activité porte ainsi la perte potentielle à plus de 1,3 million de passagers pour les aéroports français.
 
 
Une situation « d’autant plus préoccupante » qu’elle survient dans un contexte de reprise inégale. Alors que des pays comme l’Espagne, l’Italie ou le Portugal affichent des taux de croissance à deux chiffres par rapport à 2019, la France peine à retrouver son niveau d’avant-crise, accusant encore un retard de 4%. « Depuis la libéralisation du transport aérien en Europe, jamais la France n’a connu un tel recul de sa compétitivité », a-t-il alerté, soulignant que ce décrochage n’a « rien de naturel » mais résulte de « choix politiques et fiscaux qui ont fragilisé notre compétitivité ».

Une pression fiscale qui empêcherait les aéroports d’investir dans leur décarbonation

Les premiers affectés par cette contraction de l’offre seraient les aéroports régionaux et les territoires les plus enclavés, pour qui la connectivité aérienne est un outil de développement économique et de cohésion sociale. Face à ces critiques, les représentants de l’État, notamment de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC), ont rappelé l’impératif de la transition écologique. Tout en reconnaissant les enjeux de compétitivité, ils ont souligné que la décarbonation est une priorité absolue. « Opposer développement de l’aérien et respect de l’environnement serait une erreur. Cette opposition est, à mes yeux, un renoncement intellectuel », a déclaré Chemseddine Chkioua, directeur général de la DGAC, ajoutant que « les solutions décarbonées ne décarboneront réellement que si elles trouvent leur marché ».
 
 
Le secteur aérien affirme que la pression fiscale actuelle est contre-productive, car elle prive les entreprises des ressources nécessaires pour investir dans des flottes plus modernes et des carburants durables, un argument souvent repris par l’industrie. « Nous ne demandons pas plus de soutien. Nous demandons simplement la possibilité de travailler, de commercer et de développer nos entreprises dans des conditions équitables », a conclu Thomas Juin, appelant à un changement de cap pour éviter que la France ne continue de voir les avions survoler son territoire pour se poser chez ses voisins.

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