Le contexte très tendu en Iran crée une instabilité régionale qui affecte directement les corridors aériens reliant l’Europe à l’Asie. L’espace aérien iranien constitue un corridor vital sur les routes dites « Polar-2 », qui permettent d’économiser plus d’une heure sur les temps de vol trans-eurasiens.
Les compagnies européennes maintiennent le contournement
Les principales compagnies aériennes européennes ont maintenu leurs mesures de précaution jusqu’à ce jour :
- Lufthansa : la compagnie allemande continue de contourner les espaces aériens iranien et irakien « jusqu’à nouvel ordre », en limitant ses opérations au Moyen-Orient aux vols de jour uniquement vers Tel-Aviv et Amman. Certaines rotations demeurent annulées et les horaires restent ajustés en fonction de l’évolution sécuritaire. Elle n’a pas repris ses vols vers Téhéran, malgré les plans initiaux de reprise le 16 janvier.
- Air France : la compagnie française continue de privilégier des trajectoires méridionales via la Turquie, l’Égypte ou la péninsule Arabique, évitant l’espace iranien depuis plusieurs années déjà.
- KLM : la compagnie néerlandaise maintient sa position prudente. Un porte-parole a confirmé jeudi 15 janvier : « KLM évite actuellement l’espace aérien iranien par précaution – une route que nous utilisons déjà rarement ».
- British Airways : le transporteur britannique a prolongé l’annulation de tous ses vols vers Bahreïn jusqu’au 20 janvier au moins, une mesure préventive élargie en raison des tensions régionales.
- Austrian Airlines : la compagnie autrichienne, dernière compagnie européenne à maintenir des liaisons régulières avec l’Iran, a suspendu ses vols entre Vienne et Téhéran jusqu’au 21 janvier minimum. Un porte-parole a indiqué que cette suspension faisait suite à « un examen de la situation sécuritaire actuelle » et que les développements dans toute la région sont « surveillés en permanence et de près ».
- Finnair : la compagnie finlandaise continue d’éviter l’Irak et fait transiter ses vols vers Doha et Dubaï au-dessus de l’Arabie saoudite.
- Wizz Air : la compagnie low-cost a confirmé jeudi 15 janvier qu’éviter l’Iran et l’Irak pourrait forcer certains vols à destination de l’ouest au départ de Dubaï et d’Abou Dhabi à effectuer des escales de ravitaillement et de relève d’équipage à Chypre ou en Grèce.
Recommandations de sécurité
L’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) a publié vendredi 16 janvier un bulletin de sécurité fort recommandant aux compagnies aériennes européennes d’éviter l’espace aérien iranien, citant un « risque élevé pour les vols civils ». L’agence recommande aux compagnies de ne pas « opérer dans l’espace aérien de l’Iran (FIR Téhéran) à toutes altitudes et niveaux de vol ». Selon l’AESA, la présence et l’utilisation possibles « d’un large éventail d’armes et de systèmes de défense aérienne » font peser un risque élevé sur les vols civils.
L’agence souligne aussi que « la situation actuelle et le potentiel pour une action militaire des États-Unis ont placé les forces de défense aérienne iraniennes en état d’alerte renforcé », ce qui augmente le risque d’une « erreur d’identification » avec les avions commerciaux. Et recommande aux compagnies de faire preuve de prudence et de prévoir des plans d’urgence pour les itinéraires dans les espaces aériens voisins, en particulier autour des bases militaires américaines (d’où la suspension des vols de British Airways vers Bahreïn), et de surveiller étroitement l’évolution de la situation régionale.
Plusieurs États européens ont renforcé leurs recommandations de prudence, à commencer par l’Allemagne qui a émis mercredi 14 janvier de nouvelles directives conseillant explicitement à ses transporteurs d’éviter l’espace aérien iranien. Des organismes spécialisés comme Safe Airspace maintiennent un niveau de risque élevé sur l’Iran, qualifié de zone à « ne pas survoler ».
Conséquences durables sur les passagers
Pour les voyageurs sur les liaisons entre l’Europe et l’Asie, le contournement prolongé de l’espace iranien continue de se traduire par des impacts opérationnels significatifs :
- Allongement considérable des temps de vol : la fermeture et l’évitement continu de l’espace iranien poussent les vols en provenance d’Inde vers le sud au-dessus de la mer d’Arabie ou vers le nord à travers l’Asie centrale et la Turquie, ajoutant de 45 minutes à deux heures de temps de vol supplémentaire. Les compagnies ont dévié leurs routes au-dessus de l’Afghanistan et de l’Asie centrale ou utilisent des itinéraires plus longs pour réduire les risques opérationnels.
- Escales techniques supplémentaires : certains vols à destination de l’ouest au départ de Dubaï et d’Abou Dhabi doivent effectuer des arrêts pour ravitaillement en carburant et relève d’équipage à Larnaca (Chypre) ou à Thessalonique (Grèce). IndiGo a dû détourner un vol à destination de l’ouest depuis Bakou pour un arrêt technique.
- Surcoûts opérationnels massifs : chaque vol détourné brûle jusqu’à quatre tonnes supplémentaires de carburant par secteur, entraînant des coûts supplémentaires de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Les compagnies doivent également recalculer les limites de temps de service des équipages et supporter des coûts de ravitaillement plus élevés dans les hubs du Golfe.
- Annulations maintenues : lorsque le reroutage n’est pas opérationnellement viable en raison des limites d’autonomie des appareils ou des restrictions d’équipage, les compagnies continuent d’annuler les vols.
- Connexions manquées : les détours et retards entraînent des correspondances manquées aux États-Unis et en Europe, perturbant les itinéraires de voyage des passagers d’affaires.
- Itinéraires alternatifs via l’Europe : les entreprises multinationales indiennes ayant des échéances serrées à New York ou Chicago ont été conseillées d’activer des routes de secours via l’Europe — Francfort, Paris ou Londres — et de prévoir des temps de transit porte-à-porte plus longs. Les gestionnaires de voyages d’affaires sont invités à revoir les polices d’assurance, la plupart des plans d’entreprise standard ne couvrant pas automatiquement les coûts découlant de fermetures souveraines d’espace aérien.
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