Pour que l’étude Amadeus/Global Trender révèle des tendances vraiment impactantes pour le voyage d’affaires, il faudra attendre les résultats qui lui seront directement dédiés, en janvier prochain. Pourtant, cette livraison de six « trends » loisir, entre « toutourisme » (oui, il s’agit bien des vacances avec son chien ou son chat) et rôle de l’IA dans la délivrance d’inspiration travel, la tendance « Point-à-point », marketée « Le monde à portée de vol », concerne tous les segments de clientèle, y compris le corpo. C’est sa force. Sa faiblesse est que c’est une tendance déjà ancienne de plusieurs années. Qui, certes, se confirme et se renforce.
La tech crée l’offre
Les avions long-courriers monocouloirs qui occupent de plus en plus massivement les programmes de vol ces dernières années contactent les distances à mesure que leur fuselage s’affine. Ces appareils équipés de turboréacteurs nouvelle génération, étendent considérablement leur capacité en milles nautiques. La conséquence : des voyages plus efficaces avec moins d’escales, ouvrant la voie vers des villes secondaires et des destinations jusqu’ici peu desservies.
Airbus mène cette révolution avec son A321XLR (« Extra Long Range »), version améliorée de l’A321LR équipée d’un réservoir de carburant central arrière supplémentaire qui augmente l’autonomie de 700 milles nautiques (environ 1.300 km). Annoncé en 2019, cet appareil révolutionnaire a déjà recueilli 500 commandes. Les premières livraisons ont eu lieu fin 2025, et de nombreux modèles à autonomie étendue devraient prendre leur envol en 2026.
Ces nouveaux appareils affichent des gains d’efficacité énergétique impressionnants : entre 25 et 30 % par siège par rapport à leurs prédécesseurs, grâce aux moteurs de nouvelle génération et à une conception aérodynamique avancée.
Des exemples concrets qui parlent
Frédéric Saunier, directeur général d’Amadeus France, illustre cette transformation par un constat frappant : “Aujourd’hui, si je compare le trafic entre France-New York et France-Montréal, on est à peu près à 2 millions de passagers par an. Vous savez combien d’aéroports français sont desservis au départ de New York ? Il y en a deux : Paris et Nice. France-Montréal ? Il y en a huit : Paris, Bâle-Mulhouse, Lyon, Marseille, Nice, Toulouse, Nantes et Bordeaux.”
La raison ? Air Transat a été l’une des premières compagnies à exploiter ces monocouloirs à long rayon d’action sur l’axe transatlantique. “Ces narrow body avec 150 ou 180 sièges permettent l’ouverture de ces lignes. La rentabilité au siège est meilleure qu’un A380. On peut faire du point-à-point sans être obligé de passer par un hub pour remplir l’avion”, explique le même.
Selon Amadeus Travel Intelligence, Iberia a été la première compagnie européenne à lancer l’A321XLR et à embrasser cette tendance “avec enthousiasme”. La compagnie espagnole exploite désormais l’A321neo sur sept routes long-courriers transatlantiques depuis Madrid : Boston, Washington, New York, San Juan (Porto-Rico), Saint-Domingue, Recife et Fortaleza (Brésil).
Début 2026, ces appareils à fuselage étroit représenteront près de 10 % des vols d’Iberia entre Madrid et les Amériques. Autre exemple significatif : Aer Lingus affiche une croissance à trois chiffres sur les routes vers les États-Unis avec l’A321XLR (+171 % vers Indianapolis et +102 % vers Nashville). “En adoptant ces appareils plus économes en carburant, les compagnies aériennes peuvent desservir des marchés plus minces”, note l’étude Amadeus.
Cette évolution marque une rupture fondamentale avec le modèle “hub” : “C’est totalement l’inverse de la logique A380 où justement on centre sur un hub pour mettre beaucoup de monde. Là on est sur des avions plus petits, plus faciles à rentabiliser”, analyse Frédéric Saunier.
Pour autant, il ne faut pas compter sur les grandes compagnies nationales pour développer massivement ce type de liaisons. “La question qu’on pourrait se poser c’est : est-ce qu’Air France va développer ce genre de vols ? La réponse est probablement non, parce que ces compagnies veulent protéger leur hub.”
Implications pour le business travel
Les bénéfices pour le voyage d’affaires sont multiples. “Il y a un besoin évident du marché de recherche du vol direct. Il y a un premium gain de temps, “souligne le directeur général d’Amadeus France. L’absence de rupture de charge, la possibilité d’éviter les hubs encombrés constituent des avantages décisifs pour les voyageurs professionnels.
“La seule chose c’est que dans le business travel, il faut qu’il y ait un minimum de 3 ou 4 vols dans la semaine sur un Province-New York”, tempère Frédéric Saunier. Mais l’optimisme est de mise : « Quand on voit les programmes de vol, on imagine que ces compagnies seront bientôt à même d’offrir des vols quotidiens.”
L’étude Amadeus révèle d’ailleurs que les transporteurs low-cost comme Wizz Air, qui a testé le modèle sur Londres-Jeddah en 2025, visent à rendre les voyages long-courriers plus abordables que jamais. Quant au programme Sunrise de Qantas, avec son A350-1000ULR (« Ultra Long Range »), il reliera d’une traite Sydney (c’est déjà, aujourd’hui, le cas depuis Perth) à Londres et New York avec des vols jusqu’à quatre heures plus courts que les routes traditionnelles, avec escale. L’avion est, certes, ici un très gros porteur… Mais la même stratégie du point-à-point est adoptée.
“C’est aussi une chance pour les aéroports de province : c’est un flagship d’avoir un vol direct vers Montréal. Alors, il y avait déjà les vols directs vers Dubaï, ce sera, peut-être, à terme, New York”, ajoute Frédéric Saunier.
L’étude Amadeus conclut : “2026 marquera une nouvelle ère pour le transport aérien. Les voyages autrefois considérés comme des marathons ressembleront davantage à des sprints, ouvrant des villes secondaires et des destinations lointaines à de nouveaux visiteurs.” Et de promettre que les lowcost démocratiseront l’accès à ces vols point-à-point, que les cabines premium atténueront les contraintes de l’ultra-long-courrier, que de nouveaux flux de demande, une redistribution des dépenses touristiques et des opportunités de connecter les voyageurs à des destinations auparavant hors de portée adviendront. Hallelujah !
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