Le rêve de Laurent Abitbol : « une méga centrale d’achat mondiale avec Amex GBT, CWT… »

Le rêve de Laurent Abitbol : "une méga centrale d'achat mondiale avec Amex GBT, CWT…"

C’est au Cap, en Afrique du Sud, où se tient le 50ème congrès de Selectour, Laurent Abitbol a levé le voile sur une ambition aussi audacieuse que stratégique : propulser le GIE Asha (celui de Selectour et Havas) au cœur d’une centrale d’achat mondiale orchestrée par Certares, actionnaire de Marietton, maison mère des réseaux déjà cités, mais aussi, entre autres, de Amex GBT. 

Certes, ce rêve, Laurent Abitbol le fait déjà à voix haute depuis plusieurs années. Mais, nous confie-t-il, cette fois-ci, l’initiative vient de Certares… La rencontre de deux volontés communes qui pourrait faire que “le rêve” devienne réalité. 

« Nous sommes trop petits en France », lance sans le président du directoire de Marietton. Malgré ses 3 milliards de BSP, le constat est sans appel : face à Air France et aux mastodontes du secteur, le GIE français fait figure de poids moyen au mieux. Mais Laurent Abitbol a une carte maîtresse dans sa manche.

« Pourquoi le GIE ne serait pas dans (les mêmes) accords (que Amlex GBT/CWT) ? Quand je vois les commissions d’Amex GBT ou CWT, ce ne sont pas les mêmes », confie-t-il, dévoilant un écart de rémunération qui fait rêver. L’objectif est clairement défini : d’ici 2027, le GIE Asha doit intégrer cette centrale d’achat mondiale. « Certares, ils garderont un petit bout évidemment, mais ce qu’ils reverseraient serait nettement plus important que ce qu’on a aujourd’hui. »

Pour lui, cette vision dépasse la simple amélioration des marges : « L’idée qu’on ait un GIE mondial avec les partenaires, avec Amex GBT, CWT, les partenaires de Certares : une méga centrale d’achat. C’est notre rêve. » Un rêve qui s’inscrit dans une philosophie managériale claire : « Le siège s’occupe du quotidien, et nous, directoire et administration, on s’occupe du futur. » 

2025 : stabilité après l’excellence de 2024

Si l’avenir se dessine en grand, le présent reste solide. « L’année 2025 est faite », annonce-t-il, en légère hausse par rapport à l’année 2024 qualifiée de « très très bonne ». L’exercice devrait ainsi se clôturer avec 35 millions d’euros de supercommissions aux agences du réseau contre 32 millions en 2024.

Mais côté business travel, ce tableau s’est assombri à l’automne. Depuis octobre-novembre, une baisse de 7 à 8% a été constatée. « Les entreprises voyagent moins. On sent qu’il y a moins de voyage », constate le dirigeant. Une inquiétude car « 70% des supercommissions viennent de l’affaire. » Un segment vital qui souffre, même si Selectour compense partiellement en gagnant de nouveaux clients. Le paradoxe est cruel : « On gagne des parts de marché en prenant des clients nouveaux, mais comme chaque client consomme moins… Voilà, c’est ça le problème. »

L’instabilité politique française en cause

Pour Laurent Abitbol, le coupable de cette contraction du marché corpo a un nom : l’instabilité politique française. « Un gouvernement qui change tous les 15 jours… », lâche-t-il, résumant l’exaspération du monde économique face au chaos institutionnel.

« Les patrons, même nous – on est 1.800 –, on voyage moins. Je dis ‘oh calmez-vous, n’allez pas à Paris si on peut faire ça par Teams‘. » Une question reste en suspens : « Combien de temps ça va durer ? » Laurent Abitbol se veut optimiste, appelant de ses vœux « un gouvernement clair qui arrive » pour rassurer les décideurs et relancer la machine.

GBT n’est pas à vendre

Au chapitre des rumeurs qui agitent le secteur, celle relayée par l’agence Bloomberg (et reprise par DeplacementsPros) concernant le fait qu’Amex GBT serait bientôt à vendre…

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Laurent Abitbol se fait catégorique : « Ils ne sont pas à vendre du tout. J’ai envoyé un texto à Greg O’Hara » Le patron de Certares a alors démenti tout projet de ce type.

Des TMC dans le viseur : « Très mal gérées »

Quand on lui demande si les agences corporate sont bien gérées aujourd’hui, Laurent Abitbol ne prend pas de gants : « Non, très mal gérées. » Son diagnostic est cinglant. « Il y a beaucoup de TMC. Elles veulent quoi ? Prendre des marchés y compris sans marge. »

Face à cette course au dumping, Selectour revendique une autre voie : « Chez nous, il y a des gens sérieux, c’est tout. C’est sérieux : il y a des marges, je vois les bilans, hein. On ne peut pas travailler sans marge. » Le problème, selon lui, est systémique : « Comme il n’y a pas de marge, la TMC triche. On ne peut pas exister avec des frais zéro. »

Une critique directe d’un modèle économique qu’il juge insoutenable et qui fragilise l’ensemble du secteur.

Manor vise la première place ? « Nous, on est la force tranquille »

Interrogé sur les ambitions affichées par Grégory Mavoyan, président de Manor, qui avait annoncé, lors du congrès de son réseau, qu’il visait la première place en France d’ici 2030, Laurent Abitbol répond avec une élégance toute politique, mâtinée d’une pointe de philosophie.

« Moi, mon seul objectif, c’est que [les agents Selectour] aient les meilleures commissions de France en 2030. » Être premier, deuxième ou troisième ? « Je ne sais pas ce que ça veut dire. » Les faits parlent pour lui : « Nous, on a 80 nouvelles agences cette année. »

Et d’ajouter, non sans fair-play : « C’est normal dans un congrès, tu dis des choses, voilà, c’est normal. » Puis d’ajouter : « Je suis content qu’il y ait des beaux réseaux comme Manor car c’est un beau réseau avec de belles boîtes, très belles boîtes, hein. Donc il n’y a aucun problème. » Avant de définir le positionnement de Selectour en une formule : « Nous, on est la force tranquille. On avance avec intelligence, avec loyauté, on négocie en silence, et on livre quand il faut livrer. »

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