La Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF) a publié sa réponse à la nouvelle communication de la Commission européenne intitulée « Connecter l’Europe par le rail à grande vitesse », soulignant à la fois les aspects positifs de l’initiative et ses préoccupations quant à son orientation stratégique.
L’ETF accueille favorablement le regain d’attention politique accordé au réseau ferroviaire européen, notamment l’accent mis sur la coordination transfrontalière. Selon la fédération, la reconnaissance par la Commission de la nécessité d’un meilleur alignement entre les États membres constitue « une étape importante vers la construction d’un véritable système ferroviaire européen intégré ». L’organisation affirme qu’« une coordination publique forte est exactement ce dont nous avons besoin pour planifier, financer et exploiter un système ferroviaire européen véritablement connecté ».
Une mise en garde contre la libéralisation du marché
Toutefois, l’ETF exprime de vives inquiétudes concernant ce qu’elle considère comme une confiance excessive de la Commission envers la libéralisation du marché comme moteur de progrès. La fédération soutient que l’expérience passée démontre que la concurrence n’a pas permis de développer les infrastructures ou l’intégration opérationnelle nécessaires.
« L’expérience a montré que la concurrence et la fragmentation ne construisent pas d’infrastructures ferroviaires ; ce sont l’investissement public et la coopération qui le font », déclare l’ETF, insistant sur le fait que les projets à grande vitesse nécessitent « un financement public substantiel, une planification à long terme et un mandat clair de service public, et non une course vers le bas entre opérateurs privés ».
L’investissement public au cœur de la stratégie
L’ETF appelle les institutions européennes et les États membres à reconnaître le rôle central de l’investissement public. La fédération souligne que les projets d’envergure ne peuvent dépendre uniquement du capital privé et exhorte à une réforme des règles budgétaires de l’UE pour permettre un financement durable des infrastructures ferroviaires stratégiques.
L’organisation met également en avant l’importance de privilégier la coordination plutôt que la concurrence. Elle rappelle qu’au cours des décennies précédentes, l’Europe disposait de services ferroviaires transfrontaliers étendus, rendus possibles grâce à la coopération entre opérateurs et gouvernements. L’ETF note que « dans les années 1970, de nombreuses villes européennes étaient encore reliées par des trains directs de jour et de nuit, et le réseau Trans Europe Express s’étendait de l’Espagne à l’Autriche, et du Danemark au sud de l’Italie, avant d’être abandonné en 1995 », illustrant ce qu’une planification coordonnée avait autrefois accompli.
La dimension sociale au centre des préoccupations
Une autre préoccupation soulevée par l’ETF concerne la dimension sociale de la stratégie de la Commission. La fédération insiste sur le fait que les droits des travailleurs et la qualité de l’emploi doivent rester au cœur de toute expansion des opérations transfrontalières. Elle avertit que sans surveillance harmonisée des normes du travail, le secteur risque « le dumping social et des conditions de travail dangereuses ».
L’ETF réclame une surveillance numérique contraignante des temps de conduite et de repos, ainsi que des engagements clairs en matière de négociation collective et de formation de la main-d’œuvre pour tous les bénéficiaires de financements pour le rail à grande vitesse.
Préserver les services régionaux et conventionnels
L’ETF met également en garde contre le fait que le rail à grande vitesse ne devrait pas détourner les financements des services conventionnels et régionaux, qui restent essentiels pour la mobilité quotidienne et la cohésion territoriale. La fédération affirme que le financement de l’UE devrait être conditionné à la protection des connexions régionales et au maintien des obligations de service public.
Dans ses remarques conclusives, l’organisation exhorte la Commission « à dépasser sa foi dans la concurrence du marché et à s’engager plutôt en faveur d’une renaissance ferroviaire planifiée publiquement, financée publiquement et socialement juste ». L’ETF ajoute que seul un leadership public fort et une gouvernance coordonnée permettront à la stratégie ferroviaire à grande vitesse de l’Europe de tenir ses promesses à long terme.
La fédération déclare qu’elle est prête à travailler avec les institutions européennes, les gouvernements nationaux et les parties prenantes du secteur pour garantir que la vision européenne du rail à grande vitesse favorise l’accessibilité, la durabilité et des conditions d’emploi équitables à travers le continent.
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