Une nouvelle étude menée par l’ICCA et Destination Canada révèle que si la durabilité est devenue une priorité stratégique pour les associations professionnelles internationales, un fossé important persiste entre les engagements affichés et leur mise en œuvre concrète et mesurable lors de l’organisation d’événements.
Le rapport « The State of Sustainability in Associations »* dépeint un secteur en pleine transition, qui se heurte désormais à la complexité de son application concrète. L’étude montre que 66% des organisations considèrent désormais la durabilité comme un enjeu très ou extrêmement important, contre 60% en 2023. Cette prise de conscience se traduit par une intégration croissante des critères de durabilité dans la planification stratégique (50%) et les procédures événementielles (62%). Cependant, cette volonté peine à se transformer en mécanismes de responsabilisation systématiques. Seuls 20% des appels d’offres contiennent des critères de durabilité spécifiques et à peine 12% des associations font état de leurs efforts en la matière dans leurs rapports annuels. La mesure de l’impact reste un point faible majeur : près d’un quart (24%) des associations ne calculent toujours pas leur empreinte carbone, et 19% délèguent cette tâche à leurs hôtes plutôt que de développer une expertise interne.
Le paradoxe du coût
L’étude met en lumière un « paradoxe du coût ». Alors que celui-ci est cité comme le principal obstacle à l’organisation d’événements durables par 63% des répondants, près de la moitié (46%) se déclarent prêts à payer un surcoût de 5 à 24% pour des options plus vertueuses. Un résultat qui suggère que le véritable enjeu n’est pas tant le prix, mais la perception de la valeur et la manière dont la durabilité est présentée, souvent comme un ajout coûteux plutôt qu’une composante essentielle de l’offre.
En parallèle, la demande des participants pour des options durables s’est stabilisée, voire atténuée. Seuls 15 % des associations constatent une hausse “significative” et la part de répondants “incertains” augmente. Sur le terrain, les pratiques mises en œuvre se concentrent sur des actions visibles et opérationnellement simples, comme la réduction des déchets, une offre de restauration durable ou l’utilisation de matériaux responsables, plutôt que sur des approches systémiques comme l’audit fournisseurs, la comptabilité carbone ou le reporting annuel.
Le transport, premier poste d’émissions
Sans surprise, le transport reste le premier poste d’émissions des grands événements internationaux. Une majorité d’associations conserve des schémas de rotation mondiale ou nationale, maximisant les distances parcourues, tandis que seules 22% citent les émissions liées aux déplacements comme un obstacle lors de la planification d’événements. Les répondants privilégient des mesures “passives”, comme l’information sur les options de mobilité durable, plutôt que des solutions comme l’hybride/virtuel ou des politiques d’incitation. Concernant les objectifs de développement durable de l’ONU, 36% des organisations se déclarent engagées, mais leur adoption reste sélective. En détail, les objectifs sociaux (égalité des genres, éducation, santé) sont plus facilement opérationnalisés que les cibles environnementales, l’action climat étant peu traduite au niveau événementiel.
*Méthodologie : L’étude a été menée conjointement par l’ICCA et Destination Canada entre mai et août 2025. Elle repose sur une enquête en ligne qui a recueilli 249 réponses, dont 178 ont été jugées complètes. L’analyse principale du rapport se concentre sur un échantillon de 125 associations et organisations à but non lucratif. La répartition géographique des répondants est majoritairement européenne (49 %), suivie de l’Amérique du Nord (33 %), de l’Asie-Pacifique (12 %), de l’Amérique du Sud (4 %) et de l’Afrique (2 %).
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