Selon un document publié le 10 décembre 2025 au Federal Register par les autorités douanières et de protection des frontières américaines (CBP), une proposition de modification majeure du système électronique d’autorisation de voyage (ESTA) est soumise à consultation publique jusqu’au 9 février 2026. Ce projet affecterait tous les voyageurs utilisant le programme d’exemption de visa, qu’ils se rendent aux États-Unis pour des raisons touristiques ou professionnelles, sans distinction entre ces catégories.
Le programme d’exemption de visa permet actuellement aux ressortissants de 41 pays de séjourner jusqu’à 90 jours aux États-Unis sans visa formel, à condition d’obtenir une autorisation ESTA préalable. Ce dispositif couvre explicitement les voyages d’affaires, incluant la participation à des réunions professionnelles, conventions, conférences ou négociations de contrats.
Selon les nouvelles exigences envisagées, qui s’inscrivent dans le cadre du décret présidentiel 14.161 signé le 20 janvier 2025 (au premier jour du mandat de Donald Trump !), les voyageurs européens en déplacement professionnel seraient soumis aux mêmes contrôles renforcés que les touristes, avec des implications spécifiques pour le monde de l’entreprise. Le cabinet d’avocats spécialisé en immigration Fragomen souligne que les demandeurs devraient alors accepter de fournir « un niveau de détail personnel plus élevé dans les futures demandes ».
Obligations envisagées pour tous
Le changement le plus controversé du projet concerne l’obligation de fournir l’intégralité de l’historique des comptes sur les réseaux sociaux des cinq dernières années. Cette exigence, jusqu’à présent facultative, deviendrait obligatoire pour tous les demandeurs ESTA sans exception. Le document officiel de la CBP précise que « les demandeurs devront fournir leurs informations de réseaux sociaux des cinq dernières années ».
Les voyageurs d’affaires devraient donc aussi déclarer leurs comptes professionnels LinkedIn, leurs échanges sur X, leurs groupes Facebook ou autres publications Instagram. Le formulaire ESTA exigerait également tous les numéros de téléphone utilisés au cours des cinq dernières années, qu’ils soient personnels ou professionnels, ainsi que les adresses électroniques privées et professionnelles des dix dernières années. Les autorités collecteraient les adresses de protocole Internet et les métadonnées des photographies soumises électroniquement.
Les demandeurs devraient fournir des informations détaillées sur leur famille, incluant les noms, dates et lieux de naissance de leurs parents, conjoint, fratrie et enfants, ainsi que leurs numéros de téléphone des cinq dernières années et leurs lieux de résidence. La collecte s’étendrait aux données biométriques, qui dépasseraient la simple photographie faciale pour potentiellement inclure les empreintes digitales, l’ADN et l’iris. La CBP prévoit également de supprimer progressivement la possibilité de soumettre une demande ESTA via le site web traditionnel. Seule l’application mobile serait acceptée, obligeant chaque voyageur à personnellement scanner son passeport et réaliser un selfie en temps réel, éliminant ainsi la possibilité de déléguer cette démarche à un tiers.
Conséquences potentielles pour entreprises
Si ces modifications étaient adoptées, elles auraient des conséquences opérationnelles majeures pour les organisations dont les équipes voyagent régulièrement aux États-Unis. Le temps nécessaire pour compléter une demande ESTA mobile atteindrait 22 minutes selon les estimations de la CBP, contre 4 minutes actuellement pour le formulaire en ligne, soit une multiplication par cinq du temps administratif. Cette augmentation substantielle devrait être anticipée par les travel managers et services RH.
Les entreprises devraient mettre en place des procédures pour accompagner leurs collaborateurs dans la collecte et la fourniture de ces informations sensibles. La question de la protection des données personnelles se poserait avec acuité au regard du règlement général sur la protection des données européen. Les organisations devraient s’interroger sur leur responsabilité lorsqu’elles demandent à leurs employés de divulguer des informations privées pour effectuer des déplacements professionnels.
Les autorités américaines préviennent que l’augmentation de la collecte de données pourrait signifier que les demandeurs seraient davantage susceptibles d’être signalés pour un examen approfondi et pourraient connaître des délais d’attente plus importants pour l’approbation. Les entreprises devraient donc réviser leurs politiques de voyage pour intégrer ces délais potentiellement plus longs et éviter les annulations de dernière minute. Le coût indirect de ces mesures pourrait s’avérer significatif, tant en termes de temps de travail consacré aux démarches administratives qu’en termes de risques de refus ou de retards d’autorisation.
Pour les professionnels refusant de divulguer leurs réseaux sociaux ou ne pouvant pas fournir l’ensemble des informations requises, l’alternative consisterait à demander un visa d’affaires B-1 traditionnel, une procédure nettement plus longue et coûteuse. La proposition reste ouverte aux commentaires publics jusqu’au 9 février 2026. Après cette période de consultation, la CBP devra soumettre sa demande finale à l’Office of Management and Budget pour révision et approbation, sans garantie que ces mesures soient effectivement mises en œuvre.
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