[EDITO] Ryanair, la « Reine du Blâme », rattrapée par ses propres pratiques

[EDITO] Ryanair, la "Reine du Blâme", rattrapée par ses propres pratiques

Michael O’Leary adore donner des leçons. Le PDG de Ryanair ne manque jamais une occasion de fustiger les autorités européennes, de tacler les compagnies « pavillon », de dénoncer une concurrence jugée déloyale ou des réglementations – notamment environnementales – qui nuisent à la bonne marche de l’humanité, comprendre : à ses intérêts. 

Même dans l’univers impitoyable du lobbying économique, la communication de la compagnie lowcost revêt le plus souvent une agressivité et une morgue peu communes, attaques ad hominem incluses. Ainsi, par exemple, en août 2023, Ursula von der Leyen – accessoirement présidente de la Commission européenne, soit représentante de 27 Etats – était le plus tranquillement du monde rebaptisée “Queen of Blame » (la Reine du Blâme), accusée qu’elle était de rejeter les fautes sur les autres (l’aérien en général, Ryanair tout particulièrement, bien sûr).

Ce manque de lucidité qui consiste à émettre des critiques qui pourraient si facilement se retourner contre son auteur est certainement dû à la puissance – fauteuse d’hybris – de celle qui est désormais l’incontestable compagnie européenne n°1. Une forme d’ivresse des hauteurs, en quelque sorte. 

Mais que Ryanair se rassure : l’actualité pourrait lui faire perdre un peu d’altitude… 

Une enquête du média Skift publiée ce 5 janvier révèle les dessous peu reluisants des contrats que Ryanair impose aux agences de voyages en ligne (OTA). Alors que la compagnie clame haut et fort offrir un accès « gratuit » à ses tarifs, la réalité est tout autre : plus de 40.000€ de frais d’intégration technique, et 30.000 de plus pour chaque mise à jour majeure. Cadeau !

Ce n’est pas tout. Les OTA n’ont accès ni aux trois classes tarifaires les plus basses de Ryanair, ni à la moindre commission. Pour couronner le tout, les voyageurs sont redirigés vers Ryanair.com via un pop-up pour finaliser leur réservation – créant de fait une friction qui maintient le client dans l’écosystème de la compagnie. Pratique pour garder la main sur la relation client. Moins pour la liberté de choix des consommateurs.

Turbulences

Cette affaire intervient quelques semaines après qu’un régulateur italien a infligé une amende record de 256 M€ à Ryanair pour abus de position dominante. Le message est clair : le géant low-cost, première compagnie européenne par ses revenus et son nombre de passagers, utilise sa puissance de marché pour écraser la concurrence.

André Rangel de Sousa, PDG de l’OTA danoise Tryp.com, ne mâche pas ses mots quand il s’exprime auprès de nos confrères de Skift : « Le programme OTA de Ryanair (…) permet à la compagnie de maintenir sa position dominante tout en piégeant les OTA dans un écosystème inférieur.« 

Alors, qui blâmer maintenant ? Les régulateurs européens qui tentent, avec certainement bien des maladresses voire des erreurs, d’encadrer les pratiques anticoncurrentielles ? Ou le géant irlandais qui prêche la libre concurrence tout en verrouillant son marché ?

Une information : la « Reine du Blâme » dans le transport aérien européen ne siège pas à Bruxelles : elle opère depuis Dublin. Et une question : ces turbulences suffiront-elles à ramener un peu d’humilité dans le cockpit ?

L’article [EDITO] Ryanair, la « Reine du Blâme », rattrapée par ses propres pratiques est apparu en premier sur Déplacements Pros.