Loin des promesses futuristes, le secteur de la croisière a montré que l’IA est déjà à l’œuvre à bord, au service de la personnalisation, de la performance opérationnelle et d’une expérience passager plus fluide.
Le constat dressé par Frank Babinger, professeur à la Faculté de commerce et de tourisme de l’Université Complutense de Madrid, lors d’une conférence autour de l’IA et des croisières organisée à Madrid au Fitur, résume l’évolution profonde des attentes dans le secteur.
Selon lui, la croisière, historiquement innovante, constitue un terrain particulièrement favorable à l’intégration de l’intelligence artificielle.
Non comme un gadget technologique, mais comme un outil permettant d’exploiter des années de données désormais disponibles et analysables.
Traduction instantanée des annonces du commandant directement dans la langue du passager, recommandations personnalisées pour éviter les zones d’affluence à bord, information ciblée sur les activités correspondant aux préférences individuelles…
Autant d’usages qui permettent à chacun de vivre « sa » croisière, même à bord de navires accueillant plusieurs milliers de personnes.
« Le passager doit avoir le sentiment d’une expérience unique, même s’il partage le navire avec d’autres centaines de clients », souligne Frank Babinger.
Une personnalisation rendue possible par des systèmes non intrusifs, laissant au client le choix du canal d’information : application mobile, écran en cabine ou notifications ciblées.
Même logique côté navigation : en intégrant données météorologiques, courants marins ou contraintes géopolitiques, l’IA aide à ajuster les itinéraires, améliorer la ponctualité et à réduire la consommation de carburant.
La maintenance prédictive des équipements, déjà déployée sur les navires les plus récents, permet par ailleurs d’anticiper les pannes et d’augmenter la fiabilité opérationnelle.
La technologie peut également contribuer à une meilleure gestion des flux à terre. En anticipant les comportements et préférences des passagers, les compagnies peuvent collaborer plus étroitement avec les ports et les destinations afin de répartir les visites, limiter la congestion et améliorer l’acceptabilité locale de la croisière.
Face aux craintes liées à l’automatisation, le message se veut rassurant. « L’intelligence artificielle ne remplace pas l’humain, elle l’augmente », insiste le professeur. Loin de déshumaniser l’expérience, elle doit permettre aux équipes de se concentrer sur la relation client et sur la qualité du service.
« La décision finale reste humaine. L’IA nous aide à être plus efficaces, plus durables et, paradoxalement, plus humains », conclut Frank Babinger.
