Volumes de passagers inédits, nouvelles livraisons de navires, réservations anticipées : tous les indicateurs convergent vers une année 2026 record pour l’industrie mondiale de la croisière. Mais cette dynamique cache une réalité plus contrastée : priorité est donnée au très porteur marché américain, au risque de laisser l’Europe, notamment la France et l’Italie, face à une offre plus contrainte.
À l’échelle mondiale, les estimations tablent sur plus de 34 millions de passagers, dépassant nettement les niveaux d’avant-Covid.
Il s’agirait ainsi de la quatrième année consécutive de croissance pour le secteur, une performance rare dans le tourisme, portée par une demande solide, des taux de remplissage élevés et une montée en gamme continue de l’offre.
Construit en Italie, mais destiné d’emblée au marché américain, le Norwegian Luna illustre le paradoxe européen : son industrie navale bénéficie des commandes mais la croissance opérationnelle se joue ailleurs.
PortMiami et Port Canaveral, les deux principaux ports de croisière de Floride mais aussi du monde, absorbent ainsi l’essentiel des mises en service de nouveaux navires, confirmant la priorité accordée au marché américain.
Le raisonnement est avant tout économique : demande soutenue, infrastructures dimensionnées pour les méga-navires et rentabilité supérieure par passager.
La plupart des navires positionnés en Méditerranée sont déjà en exploitation depuis plusieurs années, tandis que peu d’unités neuves y sont affectées à l’année – même si le MSC World Asia y est attendu à partir de novembre prochain.
Faute de capacités supplémentaires en 2026, Patrick Pourbaix, directeur général de MSC Croisières France, l’a rappelé en début d’année, lors du lancement de la campagne de publicité de la compagnie : « MSC est aujourd’hui dans une phase de consolidation, avec de nombreux navires en construction – 12 intégreront la flotte d’ici à 2033, pour atteindre 35 unités – mais, à ce stade, nous n’avons pas encore une augmentation massive de la capacité.
Il faut donc réserver tôt pour être sûr d’avoir les bonnes cabines », a-t-il martelé.
À ces contraintes d’offre s’ajoutent des facteurs locaux qui compliquent l’exploitation en Europe de manière croissante : quotas d’escales, limitations du nombre de passagers débarqués, acceptabilité sociale du tourisme de masse et augmentation de taxes.
L’investissement récent de Royal Caribbean Group dans un terminal de croisière exclusif à PortMiami, dont les travaux ont été lancés cette semaine, illustre très concrètement cette priorité.
Avec 345 millions de dollars engagés pour une infrastructure capable d’accueillir jusqu’à 7 000 passagers, le groupe ne se contente pas d’y positionner ses navires les plus récents : il sécurise durablement ses capacités d’exploitation là où la demande est la plus forte et la plus rentable.
