L’intersyndicale d’Amadeus a tiré la sonnette d’alarme en France. Alors que le géant, leader mondial de la technologie de voyage, affiche d’excellents résultats un chiffre d’affaires en hausse de 8 % sur les neuf premiers mois et un bénéfice net de 1,09 milliard d’euros, la direction a décidé de supprimer 46 postes et 414 consultants, le tout pour les délocaliser dans des pays à bas coûts sociaux.
Sa position de mastodonte du secteur, présent dans presque toutes les agences de voyages françaises, mais aussi à travers l’ensemble des solutions technologiques du secteur, lui confère une assise économique très confortable.
Et les derniers chiffres en date en attestent.
Dans un marché morose depuis mars 2025, Amadeus surperforme et affiche une vitalité rare dans l’industrie. Sur les neuf premiers mois de l’année, l’entreprise enregistre une croissance mensuelle constante de son chiffre d’affaires de 8 %.
Son bénéfice net de 1,09 milliard d’euros lui permet de dégager une marge exceptionnelle dans le secteur de 29 %, en hausse de 50 points de base, d’après nos confrères des Echos Investir.
Tout semble aller dans le meilleur des mondes… ou presque.
Un communiqué de l’intersyndicale du géant espagnol dévoile en effet un plan de suppression de postes qui pourrait atteindre 460 emplois en France.
Plus de 80 % de ces postes concernent l’organisation Customer Management Operations.
L’entreprise a déjà procédé à des licenciements massifs dans le monde sans considération pour les salariés et leurs familles.
Nous avons affirmé à la direction qu’aucune difficulté économique ne justifie les délocalisations annoncées et que nous refuserons tout licenciement en France
« , précise l’intersyndicale.A lire : Paiements, nouveaux clients, NDC : Amadeus dévoile sa stratégie
Lors d’un CSE, les élus du personnel ont demandé à l’expert-comptable de l’entreprise, en présence de la direction, si la situation économique de l’entreprise justifiait cette volonté d’alléger les équipes.
La réponse du comptable aurait été « non« .
Et pourtant, outre les 46 postes visés par les dirigeants, ces derniers auraient confirmé le départ de 414 consultants, basés en France.
Plus d’un tiers, 188 postes, devraient être délocalisés dans des pays jugés plus avantageux socialement pour les employeurs, pour s’installer à Bangalore, Istanbul et Bogota.
Les syndicats ont battu le goudron, le 2 décembre dernier à Sophia Antipolis. Ils refusent « tout licenciement en France, » comme le rapporte Nice Matin.
D’ores et déjà, 52 consultants ont quitté les locaux de Sophia Antipolis, et le reste est invité à déménager d’ici à la mi-2026.
La raison invoquée par la direction serait d’ordre économique, même si tous les signaux sont actuellement au vert.
Toujours selon le communiqué, elle anticiperait une dégradation de la marge (EBITDA/revenus).
D’après les syndicats pourtant, la marge du groupe est plus que confortable : elle atteindrait 39,4 % sur l’année 2025 (+0,2 point).
En France, Amadeus a réalisé un chiffre d’affaires de 1,02 milliard d’euros, pour un résultat net de 435 millions d’euros, soit le meilleur exercice sur près de dix ans.
L’entreprise aurait bénéficié de 200 millions d’euros de crédits d’impôt, au titre du crédit d’impôt recherche et de l’IP Box, sur les trois dernières années.
Dans le même temps, le groupe a versé 626 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires.
« Amadeus ne fait pas face à des difficultés économiques, comme cela a pu être le cas au moment de la pandémie de Covid-19.
En annonçant qu’elle souhaite réduire les effectifs dans certaines régions au profit de pays où le coût du travail est moins cher, la direction fait le choix de faire payer les salariés en organisant des délocalisations, afin de soutenir le cours de l’action et de verser la majorité du cash aux actionnaires, au détriment des investissements.
Comme l’affirme l’expert-comptable auprès du CSE, il n’existe aucune justification économique à des suppressions de postes, dont les conséquences pourraient être catastrophiques dans un contexte de marché informatique en berne, tant au niveau national que dans les Alpes-Maritimes », conclut l’intersyndicale.
De quoi écorner l’image de champion français du tourisme…
