Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015 qui ont ensanglanté Paris, qu’en est-il des craintes de nos compatriotes par rapport à ce fléau qui laisse de moins en moins de répit aux forces de l’ordre, aux gouvernants et à la population en général, qu’elle soit résidente ou touristique ? Selon une enquête Ipsos/BVA pour la Tribune, 34% des Français déclarent qu’ils ont été marqués profondément par ce drame, 41% l’ont été beaucoup et 20% un peu. Seuls 5% des Français déclarent ne pas avoir été marqués par cette nuit d’horreur ! Décryptage.
Depuis le Stade de France à Saint-Denis rempli par 80 000 spectateurs et la salle de concert du Bataclan où 1 500 fans de musique rock se pressaient, en passant par les terrasses bondées de huit cafés branchés de la capitale où de jeunes consommateurs s’offraient un début de soirée tranquille, la mort s’est répandue à une vitesse si incroyable qu’elle a tétanisé la majeure partie de la population et sidéré des forces de l’ordre pourtant habituées au pire.
Lesquelles ont fort heureusement réagi avec courage et compétence.
En quelques longues minutes, plus de 130 personnes ont trouvé la mort et 500 autres ont encaissé des blessures parfois irrémédiables.
En quelques heures, le monde que l’on croyait assagi a démontré la folie de cette part de l’humanité croyant agir au nom de dieu en laissant des cadavres derrière elle et des traumatismes à vie chez tous ceux qui ont assisté, impuissants, à ces manifestations de terreur. Terreur qui, contrairement à celle déchaînée par des guerres conventionnelles, touche désormais tout le monde, jeunes et moins jeunes, partout et à tout instant.
Et à minuit, « C’est une horreur », a lancé le Président de la République François Hollande, dans une allocution martiale, ajoutant que, face à l’ampleur des attaques, il déclarait l’état d’urgence et la fermeture des frontières de la France !
Certes, ce n’était pas la première fois que Paris était touchée. Mais à ce point !
De plus, on avait connu le 11 Septembre 2001 et le drame des Twin Towers, des attaques à Londres, dans le Thalys, en Espagne et surtout on avait connu en France peu de temps avant, les assassinats de Charlie Hebdo et ceux de l’Hyper Cacher ainsi que les grandes manifestations contre le terrorisme aveugle, celles où tout le monde était Charlie ! Et tant d’autres.
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Selon une enquête Ipsos/BVA pour « La Tribune Dimanche », 49% des Français sont inquiets à ce sujet et 44% le sont au sujet de l’avenir du système social.
Les pandémies, de leur côté, ne font plus peur. Elles ont été plus ou moins conjurées. Mais, les crises internationales sont redoutées et le terrorisme aussi !
En matière de craintes terroristes, 73% des Français se déclarent inquiets face au risque d’attentats, mais se montrent partagés sur la capacité des pouvoirs publics à les protéger :
– 54% des Français estiment que les pouvoirs publics les protègent bien face à la menace terroriste ;
– 46% estiment l’inverse, notamment parmi les sympathisants du RN.
Selon une enquête Ifop, pour la moitié des Français, la menace terroriste augmente depuis 2012 (date des assassinats de Montauban et de Toulouse par Mohamed Merah), et pour 40% d’entre eux, elle reste stable.
Il va de soi que la surmédiatisation fort légitime des attentats perpétrés en France et à l’étranger amplifie les peurs au moment où elles sont commises.
Dans une société en quête de spectacle, entre un professeur décapité, un autre assassiné, un prêtre tué dans son église, des promeneurs renversés par une voiture folle et tant d’autres crimes ensanglantant autant la Belgique que le Royaume-Uni, que l’Allemagne, que les USA… nul ne peut rester indifférent.
Avec une épée de Damoclès sur la tête, chacun sait qu’il risque gros car, malgré de multiples attentats déjoués par la police, meurtriers et inattendus, nombreux sont ceux que l’on peut perpétuer dans un magasin, une école, un train, une gare, un aéroport, un métro… 72% des personnes interrogées estimaient même que des actes comme ceux commis par le Hamas le 7 octobre pourraient se produire en France !
Quant à nos visiteurs, comment réagissent-ils ? Les plans Vigipirate, les contrôles dans les aéroports, les rues, les salles de spectacle, etc., sont certes de nature à rassurer. Mais, nombreux sont ceux qui s’étonnent que les gares et surtout les métros ne fassent pas l’objet d’une sécurisation renforcée par des portiques et autres technologies de pointe.
Ont-ils tort ? Non. Comme l’ont prouvé le cambriolage du Louvre ou l’interruption du concert de l’Orchestre national d’Israël à La Philharmonie à Paris par des trublions dangereux, la sécurité n’est pas garantie à 100%. Elle le devrait. Mais, le pourrait-elle ?
Dans le même temps, le nombre de morts a légèrement diminué, mais reste alarmant : le rapport recense 7 555 morts dus à ces attaques en 2024. Et, si l’Etat Islamique est toujours la principale menace s’agissant de terrorisme, étant responsable de 1 805 morts dans 22 pays au cours de l’année, on note que plus d’un tiers des attaques ne sont pas revendiquées.
Dans le monde, la région la plus exposée demeure le Sahel, qualifié d’ « épicentre mondial du terrorisme », avec en tête le Mali, le Nigéria, le Burkina Faso, la République démocratique du Congo, le Pakistan, la Birmanie, l’Afghanistan… Tandis qu’en Europe, on voit monter la violence en Allemagne et toujours en France, au Royaume Uni, en Belgique…
Au Sahel, les différents conflits armés ont causé plus de 25 000 morts, parmi lesquels 3 385 sont attribués au terrorisme, un chiffre dix fois supérieur à celui de 2019.
Mais, tout est question de « timing ». On a peur sur le moment et puis on oublie, ou l’on fait semblant d’oublier, et on troque une crainte contre une autre : celle des intempéries par exemple !
Tout est affaire d’émotivité. Tout est affaire aussi d’information, sachant que les plus inquiets sont les mieux informés !
Pour mémoire, selon le Baromètre 2025 d’Europ Assistance sur les vacances :
– 56% des voyageurs français considèrent le risque de conflit armé comme un élément déterminant dans le choix de leur destination (+13 points par rapport à 2024 et +42 points par rapport à 2023) !
– 39% considèrent le climat politique comme un critère de choix essentiel, contre 6 points en 2024 et +12 en 2023 !
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