Le baromètre de l’hôtellerie, présenté lors du « Grand Live du Voyage d’Affaires » et organisé par CDS, dresse le bilan d’une année 2025 en demi-teinte. Si l’activité se maintient à un niveau élevé, notamment en France, le marché entre dans une phase de rationalisation.
L’année 2025 se distingue par des dynamiques contrastées, loin des scénarios de recul parfois évoqués par les observateurs économiques. Vangelis Panayotis, CEO de MKG Consulting, décrit un marché hôtelier porté à la fois par les segments loisirs et affaires. Selon lui, le secteur ne subit pas l’effondrement annoncé malgré un contexte économique contraint, l’activité événementielle ayant notamment joué un rôle d’amortisseur avec l’organisation d’événements d’envergure. Cette résilience est particulièrement visible en France. Vanessa Heydorff, Directrice Générale France de Booking.com, rapporte une croissance de 7% de l’activité sur le territoire national et la plateforme note une dynamique soutenue du segment affaires pour l’année en cours, ainsi qu’une attractivité renforcée de la capitale.
Une anticipation accrue de la clientèle corporate
Du côté des hôteliers, cette tendance se traduit par une consolidation des parts de marché. Karim Soleilhavoup, Directeur Général de Logis Hôtels, fait état d’une huitième année consécutive de croissance pour son groupe. Il souligne l’importance stratégique de la clientèle d’affaires, qui représente désormais 40% de l’activité de la chaîne. Le dirigeant observe par ailleurs une évolution notable des comportements d’achat : contrairement à la clientèle loisirs, plus volatile, le segment corporate anticipe davantage ses réservations. Cette visibilité, sécurisée par les contrats entreprises, contraste avec celle du marché loisir, où une part importante des réservations continue de s’effectuer en dernière minute.
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Le tarif négocié dans un contexte de saturation de l’offre
L’analyse des données d’occupation met en lumière une tension croissante sur les disponibilités dans les centres urbains. Le baromètre CDS relève des taux d’occupation supérieurs à 80% dans des villes comme Londres (82%) ou Paris (81%, en progression de 4,2 points). Ziad Minkara, Directeur Général de S4BT, alerte sur le fait que ce niveau de saturation, au-delà des 80%, restreint mécaniquement les marges de négociation pour les acheteurs. Dans ce contexte, l’étude démontre la compétitivité des tarifs négociés face aux prix du marché. Les relevés effectués illustrent des écarts significatifs : à Paris, le prix moyen marché s’établit à 267 € contre 177 € pour le tarif corporate. À Nice, l’écart est encore plus marqué avec un tarif public à 230 € face à un tarif négocié de 130 €. Au niveau national, le prix moyen corporate reste stable, s’établissant à 131 €, soit une variation minime d’un euro par rapport à 2024.

Vers une hausse modérée des prix en 2026
Concernant les perspectives tarifaires pour 2026, les intervenants s’accordent sur un ralentissement de l’inflation. Logis Hôtels projette une augmentation moyenne de 3% de ses tarifs, marquant une rupture avec les hausses avoisinant les 7% observées les années précédentes. Karim Soleilhavoup évoque une « logique d’augmentation progressive » plutôt qu’une flambée des prix. Vangelis Panayotis rappelle toutefois que la structure des coûts d’exploitation demeure élevée, ce qui limite les possibilités de baisse tarifaire. L’expert anticipe une stabilisation des prix à un niveau durable, justifiée par la nécessité pour les hôteliers de maintenir leurs marges opérationnelles.
De nouveaux standards de consommation et l’IA
Au-delà des indicateurs financiers, le baromètre met en évidence une transformation des usages. La durée moyenne des séjours s’est stabilisée à 1,8 jour, en recul par rapport à la moyenne de 2,7 jours constatée post-Covid. Pour justifier le maintien des prix, l’accent est mis sur l’expérience client et la « déstandardisation » de l’offre. L’unité de lieu entre l’hébergement et la restauration est citée comme un levier de satisfaction déterminant pour les voyageurs réguliers, notamment chez Logis Hôtels qui souhaite en faire un atout commercial pour gagner des parts de marché sur le segment corporate.
En conclusion, Ziad Minkara invite les gestionnaires de voyages à la vigilance concernant l’environnement fiscal et réglementaire, notamment avec la généralisation de la facture électronique à compter du 1er septembre 2026. Dans un écosystème où la digitalisation du parcours atteint désormais un niveau élevé, l’intelligence artificielle et l’exploitation de la donnée deviennent centrales pour piloter la performance. L’enjeu n’est plus l’équipement mais la consolidation : « Si l’on veut donner des clés de lecture pertinentes aux acheteurs, il ne faut plus dissocier la réservation de la partie expense (note de frais). C’est cette vision unifiée qui permet de maîtriser le leakage et de sécuriser la valeur », conclut Ziad Minkara.
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