En 2026, des acheteurs prudents (sur les dépenses), perplexes (face à aux consolidations), attentifs (aux néo-TMC)

En 2026, des acheteurs prudents (sur les dépenses), perplexes (face à aux consolidations), attentifs (aux néo-TMC)

Selon les échanges qui ont eu lieu lors de cette table ronde, les acheteurs et travel managers s’apprêtent à affronter une année marquée par des évolutions majeures dans le secteur du voyage d’affaires. Rocio Escudero, Global Travel Manager chez ACC (Automotive Cells Company), Amal Sahoul, Global Lead Buyer Travel Meeting & Events chez ArcelorMittal, Esther Landier, Global Category Leader Mobility chez Ipsen, et Loïc Simon, Category Manager chez Bouygues Construction, ont détaillé leurs attentes et préoccupations pour l’année à venir. 

Hausse des dépenses attendue…

Un sondage réalisé auprès des participants révèle que 40% des acheteurs anticipent une augmentation de leurs dépenses voyage en 2026, tandis que 37% s’attendent à une stabilité. Seuls 14% prévoient une diminution et 9% demeurent indécis. Cette tendance haussière reflète principalement l’intensification de l’activité internationale des entreprises. Amal Sahoul d’ArcelorMittal confirme cette orientation en expliquant que « on va avoir des voyages en augmentation », une situation directement liée à des projets stratégiques déployés sur plusieurs continents. 

Loïc Simon, de Bouygues Construction, partage ce constat en précisant que l’augmentation sera « mécanique due aux projets dont beaucoup sont à l’international », notamment en Asie, en Australie et aux États-Unis. Ces chantiers à l’étranger génèrent de nombreux allers-retours pour les équipes d’audit et d’architectes. Chez Ipsen, Esther Landier évoque également une tendance haussière alimentée par les acquisitions d’entreprises et les partenariats en cours. Seule exception notable : ACC, où Rocio Escudero anticipe une diminution grâce à la maturation de son programme voyage mis en place il y a seulement deux ou trois ans.

… Malgré une maîtrise des coûts prioritaire

La maîtrise des coûts demeure la préoccupation majeure des acheteurs pour 2026, conformément aux tendances observées en 2025. Cette priorité s’accompagne toutefois d’autres enjeux cruciaux. Rocio Escudero souligne que « l’optimisation des coûts, bien sûr, c’est un point hyper important », mais elle insiste également sur la sécurité et la durabilité. Sur ce dernier point, elle précise que « la durabilité est plus large que l’environnemental, mais on a les dimensions éthiques et sociales aussi, à côté de l’économique »

La dimension sécuritaire prend une importance particulière dans le contexte géopolitique actuel. Mais pas uniquement : Rocio Escudero rappelle l’incident ferroviaire récent en Espagne, soulignant la nécessité pour les entreprises de disposer de plans de crise testés et d’une collaboration étroite avec les équipes HSE. Du côté d’Ipsen, Esther Landier confirme que la maîtrise des coûts reste centrale, mais elle met également l’accent sur la satisfaction et l’expérience utilisateur, qui représentent 30% des préoccupations des acheteurs selon un sondage GBTA. Chez Bouygues, Loïc Simon résume l’approche par une formule : « l’idée, c’est de dépenser intelligent », en capitalisant sur la massification des volumes grâce aux synergies entre Bouygues Construction, Colas et Equans.

Budget hôtelier sous tension

Les négociations hôtelières constituent un point de friction majeur pour les acheteurs. Amal Sahoul d’ArcelorMittal constate des disparités régionales importantes, citant le Brésil, l’Inde et l’Espagne comme zones particulièrement problématiques où l’inflation plombe le coût moyen. 

Loïc Simon de Bouygues exprime une frustration partagée : « Moi, je trouve que les gros groupes hôteliers ne jouent pas le jeu ». Il déplore qu’après avoir apporté 800 à 2.000 nuitées supplémentaires, les remises obtenues plafonnent à 2%, une situation incompréhensible pour les directions achats. Le responsable de Bouygues critique également la multiplication des dates bloquées (en cas d’événements d’importance à proximité de l’hôtel) et l’application restrictive des tarifs LRA (Lowest Reasonable Available). Il explique que certains hôtels appliquent un tarif dynamique avec un pourcentage sur le prix du jour, ce qui peut transformer une LRA de 200 euros en un tarif de 600 euros avec seulement 10% de réduction. Cette complexité tarifaire crée de la confusion. 

Selon Rocio Escudero, « même nous, on ne comprend pas. Même les agences de voyage ne comprennent pas ces tarifs ». Face à cette situation, Loïc Simon souligne que son équipe consacre des mois aux appels d’offres hôteliers, avec parfois un retour sur investissement discutable.

Consolidation du marché TMC

Le rapprochement entre GBT et CWT, suivi du partenariat resserré avec Concur, suscite de nombreuses interrogations chez les acheteurs. Cette consolidation place plusieurs intervenants dans des situations délicates. Esther Landier, d’Ipsen, qui “utilise” BCD comme TMC et Concur pour le travel et l’expense, s’interroge : « Est-ce que Concur ne va pas finalement orienter les développements de l’OBT en fonction des besoins des clients communs ? ». Elle redoute une perte de choix et l’obligation d’adopter des solutions combinées. 

Mêmes interrogations pour Amal Sahoul, cliente Amex GBT en Europe et Amérique du Nord avec KDS comme OBT. L’annonce du partenariat avec Concur a créé de l’inquiétude, les équipes craignant qu’Amex privilégie ce nouveau partenariat au détriment de KDS. Bien que GBT l’a assurée du maintien de la roadmap de développement, elle reste vigilante. 

Loïc Simon de Bouygues, entièrement équipé en solutions Amex-GBT (CWT avec Cytric, Egencia, et Amex-GBT en direct sur Neo), exprime son inconfort : « j’ai l’impression de me retrouver coincé ». Il craint d’être enfermé dans un écosystème clos où les meilleures conditions commerciales seront conditionnées à l’adoption de l’ensemble des solutions du groupe. Rocio Escudero, chez Egencia avec une future intégration de Concur, se montre plus confiante en soulignant que de tels accords ont toujours existé dans le secteur.

Néo-TMC sous surveillance active

Dans ce contexte de consolidation ou de rapprochement entre acteurs historiques, l’émergence de nouveaux acteurs comme Navan suscite un intérêt croissant parmi les acheteurs. L’annonce récente du contrat Navan/Saint-Gobain a confirmé que ces néo-TMC peuvent désormais séduire de grands comptes. 

Loïc Simon reconnaît qu’il ne les trouve « pas dimensionnées par rapport à ce que (il) attend comme service » pour un groupe de 200.000 collaborateurs, mais il apprécie leur rôle de « trublions » capables d’apporter de l’agilité. Il cite notamment leur capacité à travailler avec différents GDS selon les zones géographiques de manière transparente. 

Esther Landier confirme l’importance de cette veille marché en soulignant que ces acteurs proposent un nouveau business model qui remet en question le traditionnel transaction fee. Elle ne s’interdit rien si la proposition sert l’expérience collaborateur. Amal Sahoul adopte une approche prudente : « Je laisse passer quelques années » pour laisser ces acteurs se développer, mais elle confirme qu’au prochain appel d’offres, « on va inclure » ces néo-TMC au même titre que les agences traditionnelles. Rocio Escudero, forte de son expérience chez CWT, estime qu’il est « important qu’il y ait des nouvelles propositions, des nouveaux points de vue » pour challenger les TMC établies depuis des décennies.

IA : promesses prudentes

L’intelligence artificielle apparaît comme une technologie prometteuse mais encore immature aux yeux des acheteurs. Loïc Simon, bien que geek autoproclamé et favorable à l’IA utilisée par Bouygues sur les chantiers, se montre exigeant : « J’ai besoin de savoir comment est gérée l’IA, comment est paramétrée l’IA, parce qu’une IA, ça se paramètre ». Il refuse de se contenter d’un outil sans comprendre son fonctionnement et attend une vraie valeur ajoutée pour les voyageurs. 

Esther Landier partage cette réserve en déclarant : « Aujourd’hui, je ne souhaite pas avoir un chatbot amélioré ». Elle espère une simplification réelle des choix tarifaires hôteliers complexes et un accompagnement tout au long du voyage, avec un point d’entrée unique remplaçant les solutions actuellement cloisonnées. Amal Sahoul confirme avoir vu des démonstrations impressionnantes, notamment d’Amadeus, mais attend des réalisations concrètes. Rocio Escudero adopte une vision plus collaborative en affirmant que « cette interaction de l’IA, ça doit venir aussi de nous » et pas seulement des fournisseurs. Elle voit l’IA comme un outil permettant enfin de réaliser le rêve du door-to-door, un concept vendu il y a des années mais jamais concrétisé.

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