Le 6 janvier dernier, un édito publié dans nos colonnes dénonçait la duplicité de Ryanair : alors que la compagnie irlandaise passe son temps à donner des leçons, à prodiguer des guides de bonne conduite au monde entier et à l’Union européenne en particulier, une enquête réalisée par le média américain Skift révélait ses pratiques si ce n’est léonines du moins douteuses envers les agences en ligne.
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Deux jours après cette publication, le 8 janvier, donc, un communiqué de presse publié par eDreams ODIGEO relayait une décision du tribunal régional de Hambourg, prenant la forme d’une amende de 450.000 € à Ryanair. Ce montant n’est évidemment pas de nature à mettre en péril les équilibres financiers de la première compagnie lowcost mondiale et ses 2 milliards d’euros de trésorerie nette au 30 juin 2025.
En revanche, elle renseigne sur ses pratiques : ce demi-million d’amende sanctionne un “non-respect d’une décision de justice”. En d’autres termes, non seulement Ryanair se place hors la loi dans certaines de ses pratiques, mais encore ne suit-elle pas les injonctions judiciaires qui en sont les conséquences.
L’Avare
Que sanctionne l’amende ? Il faut un petit retour en arrière. Car le tribunal de Hambourg a considéré que Ryanair avait violé une injonction obtenue par eDreams ODIGEO en mai 2025. Dans ce jugement, le tribunal de Hambourg avait déclaré plusieurs pratiques commerciales essentielles de Ryanair contraires à la loi. La juridiction a notamment interdit le mécanisme de consentement utilisé par la compagnie, qui force les utilisateurs à accepter les conditions générales via un bouton de recherche cochant automatiquement une case : un dispositif jugé trompeur pour les consommateurs.
Le tribunal avait également invalidé cette politique générale qui stipule que ses billets sont « non remboursables », en contradiction avec la loi et induisant les passagers en erreur sur leurs droits au remboursement. Enfin, les « frais administratifs » prélevés par la compagnie pour le traitement des remboursements de taxes gouvernementales ont été déclarés nuls. On comprend pourquoi : ces frais sont « excessivement désavantageux » car ils dépassent souvent le montant du remboursement lui-même, permettant de fait à Ryanair de conserver des taxes publiques appartenant au client.
Les Fourberies de Ryanair
Ce 8 janvier, le juge a établi que la compagnie aérienne avait maintenu sur son site les clauses en cause malgré l’ordre de suppression qui lui avait été intimé. La juridiction allemande a rejeté les arguments de défense de Ryanair, qui prétendaient que les raisons de ces maintiens échappaient à son contrôle, qu’ils étaient – en substance – dus à un contretemps. Le tribunal a estimé qu’en tant que grande compagnie aérienne européenne, Ryanair disposait des ressources nécessaires pour se conformer immédiatement aux ordonnances judiciaires… Mais avait fait le choix de ne pas le faire.
Cette condamnation pour « mauvaise foi » s’inscrit dans une tendance observée dans plusieurs pays européens, où Ryanair continue de défier les autorités judiciaires malgré des sanctions répétées. En Espagne, la compagnie ignore toujours les injonctions du tribunal commercial numéro 12 de Barcelone (voir ci-dessous), malgré un avertissement formel concernant d’éventuelles poursuites pénales. L’attitude de Ryanair révèle une défiance systématique à l’endroit de l’autorité judiciaire européenne. Un mépris, diront certains.
L’Européen malgré lui
La condamnation allemande s’ajoute à des sanctions financières considérables, bien au-delà de ces 450.000 €, récemment infligées à la compagnie irlandaise dans d’autres juridictions européennes.
L’Italie lui a ainsi imposé une amende record de 256 M€ pour abus de position dominante en décembre 2025. L’Espagne a quant à elle sanctionné Ryanair à hauteur de 108 M€ pour violations graves des droits des consommateurs. La France avait auparavant également condamné la compagnie pour non-respect des réglementations européennes sur les droits des passagers.
Ces sanctions traduisent un modèle de non-conformité systématique, pour ne pas dire « systémique », qui touche l’ensemble du territoire européen. « Ryanair commence 2026 avec une nouvelle décision de justice confirmant son mépris flagrant pour la loi (…) Il est inacceptable que Ryanair soit autorisée à continuer d’opérer en violation des lois applicables dans plusieurs juridictions. Cette non-conformité systématique détruit les conditions de concurrence équitables dans le secteur et nuit aux consommateurs chaque jour. »
Tartuffe
Ce preux défenseur de la loi en général, des droits de la concurrence et de la protection des consommateurs en particulier, dont on cite le propos, n’est autre que Guillaume Teissonnière, directeur juridique d’eDreams ODIGEO. Et ça pose problème, car, en l’occurrence, on pourrait lui faire le même grief qu’à Ryanair : celui de se draper dans une vertu qui ne dissimule pas ses propres turpitudes…
En effet, dans trois décisions parallèles rendues le même jour par le même tribunal régional de Hambourg, eDreams ODIGEO a été condamnée pour pratiques trompeuses envers les consommateurs. La juridiction a établi que l’agence de voyages en ligne affichait les prix des sièges et des bagages de Ryanair sans annoncer clairement ses propres frais supplémentaires. Le juge a considéré qu’il s’agissait « d’une pratique trompeuse par omission ».
En outre, le tribunal a invalidé les allégations d’économies du service d’abonnement Prime d’eDreams, jugeant que « l’annonce d’économies concrètes constitue une fausse déclaration puisque les économies spécifiquement indiquées ne peuvent pas réellement être obtenues par les consommateurs ». Rien que ça. Ces décisions obligent eDreams ODIGEO à modifier sa présentation tarifaire pour les vols Ryanair. Petit arrangement entre amis : Ryanair a déclaré que ces jugements confirment sa position sur la transparence des prix et a proposé à eDreams un accès direct gratuit à son inventaire si l’agence adopte les mêmes standards de transparence que ses concurrents Booking.com, Lastminute et Kiwi…
Une morale…
Dès lors, peut-on considérer que le match Ryanair-eDreams se conclut par un nul ? Tout dépend du sens qu’on donne à ce terme… En tout cas, ce n’est pas un ex-aequo, car il y a bel et bien un perdant dans cette affaire : le consommateur.
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