Révolution ferroviaire dans le Nord du Royaume-Uni 

Révolution ferroviaire dans le Nord du Royaume-Uni 

Le projet Northern Powerhouse Rail constitue le pilier central de cette nouvelle stratégie de croissance pour le Nord de l’Angleterre. Cette initiative vise à répondre à des années de sous-investissement chronique dans les infrastructures de transport de la région. Les autorités britanniques reconnaissent que ce manque d’investissement a constitué une négligence économique, avec des communautés locales confrontées à des promesses non tenues en matière de croissance et de connectivité. Cette situation a poussé de nombreux habitants à quitter leur région d’origine pour trouver des emplois et des opportunités ailleurs.

Le gouvernement a déjà pris la décision d’allouer un budget record de 120 milliards de livres sterling (environ 144 milliards d’euros) pour des investissements en capital dans des projets d’infrastructure durant cette législature, incluant routes, chemins de fer et énergies vertes. Ces investissements sont destinés à générer les emplois de demain et à stimuler la croissance économique nationale.

Un corridor de croissance ambitieux

Le Northern Powerhouse Rail prévoit la création d’un nouveau service ferroviaire majeur à travers le Nord de l’Angleterre, offrant des liaisons plus rapides et plus fréquentes. Ce réseau connectera Liverpool, Manchester, Warrington, Leeds, Bradford, Sheffield et York, avec des services prolongés vers Newcastle et Hull. L’objectif est de transformer les temps de trajet pour les résidents de ces régions à forte croissance, créant ainsi plus d’emplois, de nouveaux logements et davantage d’opportunités pour les entreprises. 

La connectivité actuelle dans le Nord accuse un retard significatif par rapport au Sud du pays. À titre d’exemple, un trajet ferroviaire de 56 kilomètres entre Paddington et Reading ne prend que 22 minutes, tandis qu’un voyage de seulement 46 kilomètres entre Liverpool et l’aéroport de Manchester peut nécessiter jusqu’à 1 heure et 25 minutes, avec 21 arrêts intermédiaires. Cette amélioration majeure des transports vise à réduire ces temps de parcours. Le corridor de croissance ainsi créé, s’étendant de Liverpool à York, a le potentiel de rivaliser avec certaines des zones de développement les plus prospères d’Europe, comme la région Rhin-Ruhr en Allemagne ou le Randstad aux Pays-Bas.

Un investissement de 45 milliards

Après plus d’une décennie d’hésitations et de retards de la part des gouvernements précédents, la Chancelière de l’Échiquier a alloué 1,1 milliard de livres sterling (environ 1,32 milliard d’euros) au Northern Powerhouse Rail pour la période couverte par la revue des dépenses. Ce financement permettra d’avancer sur la planification, le développement et la conception du projet, afin de débloquer les bénéfices pour les habitants du Nord à partir des années 2030. Le projet s’appuiera sur le programme de modernisation Transpennine, qui progresse dans les délais et le budget prévus. 

Le programme bénéficiera d’une enveloppe budgétaire totale de 45 milliards de livres sterling (environ 54 milliards d’euros) sur l’ensemble de sa période de construction, afin de garantir un bon rapport qualité-prix pour les contribuables et d’éviter les dérapages budgétaires observés sur des projets majeurs comme le HS2*. La première phase du programme améliorera les connexions entre Sheffield et Leeds, Leeds et York, ainsi que Leeds et Bradford. Dans le Nord-Est, des travaux de développement sur la ligne Leamside seront également menés parallèlement au Northern Powerhouse Rail. 

Une nouvelle ligne sera ensuite créée entre Liverpool et Manchester, passant par l’aéroport de Manchester et Warrington. Enfin, des connexions améliorées traverseront les Pennines entre Manchester, Leeds, Bradford, Sheffield et York. Des services réguliers prolongeront vers Newcastle via Darlington et Durham, vers Hull, et vers Chester pour les connexions avec le Nord du Pays de Galles.

Un potentiel économique considérable

Les régions urbaines du Nord de l’Angleterre disposent d’un potentiel économique important encore inexploité. La Stratégie industrielle moderne, publiée en juin dernier, a établi une analyse économique convaincante pour prioriser huit secteurs stratégiques regroupés dans ces zones urbaines. Le Grand Manchester constitue l’un des centres technologiques connaissant la croissance la plus rapide en Europe, avec des industries en développement dans les domaines de la cybersécurité, des services professionnels et des industries créatives. Leeds et le West Yorkshire émergent comme le nouveau centre financier du Nord, tandis que le South Yorkshire se positionne à la pointe de la défense et de la fabrication avancée. 

La région urbaine de Liverpool excelle dans les sciences de la vie, et Newcastle avec le Nord-Est mènent la transition vers les énergies propres. Le gouvernement travaille en collaboration avec les maires, d’autres dirigeants locaux et les entreprises pour préciser davantage sa Stratégie de croissance pour le Nord, tirant parti de ces forces pour stimuler la productivité et la prospérité. À titre d’illustration, jusqu’à 40 milliards de livres sterling (environ 48 milliards d’euros) par an pourraient être injectés dans l’économie britannique si la productivité du Nord était simplement portée à la moyenne nationale, ce qui ne représente pas la limite de l’ambition gouvernementale.

Des réactions positives des élus

Le Premier ministre Keir Starmer a déclaré : « J’ai passé trois années heureuses à Leeds en tant qu’étudiant universitaire, une ville dynamique que j’étais fier d’appeler chez moi. Mais j’ai vu de première main ce que le sous-investissement et les promesses vides font aux villes du Nord ». Il a ajouté : « Ce cycle doit prendre fin. Plus question de rendre hommage au potentiel du Nord sans le soutenir pleinement »

La Chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, a souligné : « Si la croissance économique est le défi, l’investissement et le renouvellement sont la solution. C’est pourquoi nous inversons des années de sous-investissement chronique dans le Nord ». Elle a précisé que ces plans transformateurs créeront des emplois, construiront des logements et débloqueront des opportunités pour les entreprises d’investir. Steve Rotheram, maire de la région urbaine de Liverpool, a salué cette initiative : « Il y a deux cents ans, nous avons construit le premier chemin de fer pour passagers au monde entre Liverpool et Manchester, et changé l’histoire. Après plus d’une décennie d’hésitations, de retards et de promesses non tenues, c’est le début d’une nouvelle ère »

Andy Burnham, maire du Grand Manchester, s’est également exprimé favorablement : « Enfin, nous avons un gouvernement avec une vision ambitieuse pour le Nord, un engagement ferme envers le Northern Powerhouse Rail et une ouverture à une gare souterraine dans le centre-ville de Manchester ». Tracy Brabin, maire du West Yorkshire, a noté : « Pendant trop longtemps, des liaisons ferroviaires peu fiables ont causé des désagréments aux personnes vivant et travaillant dans le Nord, tout en freinant nos plans ambitieux de croissance ».

Des perspectives à long terme

Le projet créera de nouveaux emplois qualifiés pour la planification, le développement, la conception et la construction. Le gouvernement travaille en étroite collaboration avec les employeurs et les dirigeants locaux pour combler les déficits de compétences locales. Les établissements d’enseignement locaux à travers le pays recevront déjà 570 millions de livres sterling (environ 684 millions d’euros) pour développer leurs installations de formation. Parallèlement, pour soutenir l’ambition stratégique du projet, le gouvernement a exprimé son intention à long terme de construire une nouvelle ligne ferroviaire entre Birmingham et Manchester. 

Il ne s’agit pas d’une réinstallation du projet HS2. Des travaux supplémentaires sont nécessaires pour déterminer comment cette ligne peut mieux soutenir les ambitions ferroviaires pour l’ensemble du Nord, et sa réalisation interviendrait après l’achèvement du Northern Powerhouse Rail. Le gouvernement tire les leçons du projet HS2 pour éviter de répéter ses échecs, en visant l’efficacité tout en maintenant les avantages clés pour le Nord. Cette annonce intervient alors que le gouvernement fait progresser la modernisation de la route Transpennine, avec un investissement de 15 milliards de livres sterling (environ 18 milliards d’euros) dans les transports locaux des régions urbaines, l’ajout de 60.000 places supplémentaires chaque semaine sur la ligne principale de la côte Est, et de nouveaux services vers Bradford avec des temps de trajet réduits entre Londres, Leeds et Newcastle.

(*) HS2 (High Speed 2) est un projet d’infrastructure ferroviaire qui visait initialement à construire une ligne à grande vitesse reliant Londres à Birmingham, Manchester, Leeds et York. Lancé en 2010, le chantier a connu des dérapages budgétaires pharaoniques jusqu’à être abandonné : un fiasco.

L’article Révolution ferroviaire dans le Nord du Royaume-Uni  est apparu en premier sur Déplacements Pros.