Parmi les nombreuses façons de pressentir l’avenir, à défaut de le prévoir, le vocabulaire est éloquent. Surtout celui basé sur des néologismes inventés soit pas des médias, soit par des touristes, soit par des professionnels et des réseaux sociaux. Souvent hybrides, composés de français, de latin, de grec, mais surtout d’anglais, ces termes ne connaissant pas tous la même fortune. Beaucoup sont éphémères. Mais, ceux qui colonisent le vocabulaire durablement démontrent leur pertinence. Décryptage.
Il se démode d’autant moins que durant les confinements liés au Covid, on a évoqué un « néo cocooning ». Lequel représente une tendance tout à fait vérifiée à se replier sur son domicile qui par la même occasion devient multi fonctions : travail, divertissement, sport…
Autre grand succès, le terme de « surtourisme » ou « hypertourisme » désignant les impacts négatifs du tourisme sur les territoires et sites touristiques. Repris à l’unisson souvent exagérément, ce terme a eu beau avoir un contraire : « le sous tourisme », celui-ci n’a pas accédé à la notoriété. Et pourtant, le « sous tourisme » existe bel et bien et est définitivement plus répandu que le « surtourisme ».
Mais, il est moins surprenant, donc moins utilisé par les médias en quête de spectaculaire.
Toujours très employé, ce terme a marqué une révolution qui indéniablement durable.
Dans une autre catégorie, celle des néologismes construits autour de styles de tourisme : on trouve le « glamping ». Une contraction du terme « glamour » et « camping » désignant le développement d’une offre de camping de luxe. Un développement certes réel, sans doute en progrès, méritant une désignation spécifique qui n’a qu’un défaut sa sonorité.
Le « couch-surfing » qui désigne une façon de voyager gratuite de canapé en canapé, est aussi bien trouvé. Mais, cette activité battant de l’aile, il tend à disparaître.
Les « staycations » connaissent-elles une carrière limitée ? Moins bien compris, le terme composé de « stay : sejour et « cation » ( vacation) constitue pourtant une vraie tendance, consistant à prendre ses vacances chez soi. Laquelle ne se réduira pas.
Dans le même genre on trouve les « coolcations » qui désignent les vacances au frais en période de canicule. Une tendance qui progressera et fera sans doute le succès des destinations nordiques.
Nouveau, dû au magazine Forbes et son Globalnomad Index (ainsi que les travel trends de Skyscanner, les « Glomads » pourraient dés cette année, connaître une certaine popularité. Désignant une population très connectée, voyageant durant toute l’année en emportant son PC avec elle, elle ne se différencie pourtant pas beaucoup de la génération des « Digital natives » ou « Digital nomads » repérés par de nombreuses destinations touristiques qui en conséquence favorisent leur accueil ( Thaïlande, Canaries, Portugal).
Dans le même registre, le mot de « workation » qui indique la même tendance à mélanger travail et vacances est pour sa part plus utilisé par les anglophones. Il ne fait pas fureur en France. Sans doute à cause de sa médiocre sonorité.
Alors que le terme de « Bleisure » pourtant répété par les médias ne connait lui non plus aucune envolée. Peu audible pour des oreilles francophones, il ne met pas en évidence le terme de « business » qui le compose avec celui de « leisure ». Mais, la tendance est là et restera d’autant que s’y ajoute un terme déjà bien répandu : les « remote workers » soit les télétravailleurs.
Autre émergence, celle des « JOMO » ( Joy of missing out » caractérisant des individus qui affichent leur joie d’esquiver les expériences et autres activités très répandues et fréquentées, et en sont fiers. Ils sont les opposés des « FOMO » ( Fear of missing out).
Le « Land snorkelling », une tendance récente décrivant une exploration contemplative du paysage au sol, comme on ferait du snorkeling dans l’eau (vocabulaire créatif utilisé dans les tendances voyage 2025) pourrait aussi faire une belle carrière. Tout comme les « Micro aventures » qui ont toujours existé mais avaient besoin d’un coup de neuf !
Le « Townsizing », une tendance à choisir de plus petites villes ou communautés comme destinations, plutôt que les grandes métropoles est également sur les rangs pour s’imposer. Mais, plutôt dans les pays anglo-saxons.
Quant au « Tourisme régénératif », il a entamé une carrière plutôt brillante alors qu’il n’existe quasiment pas. Un exploit que l’on peut expliquer par une tendance réelle de la part des voyageurs à ne pas dégrader l’environnement et à pratiquer un tourisme durable en chassant leurs détritus et autres traces de leur passage. Sauf que qui le fait réellement ? On pourrait parler de « crypto tendances ».
Le « set jetting » pour sa part est indéniablement en vogue. Désignant le tourisme pratiqué sur les sites de tournages de films et séries télévisées, il faut admettre qu’il est de plus en plus et très amplement médiatisé.
Incontournable, les grandes vedettes en sont le « TikTok tourism » qui transforme des destinations en destinations virales grâce à la puissance du réseau social. Il est concurrencé par l’ « Instagrammable travel » qui reposent sur des voyages pensés et organisés pour produire des contenus visuels spectaculaires, visibles à très grande échelle !
… Et un dernier pour la route : le « Rawdogging », un terme d’argot britannique popularisé par TiKTok qui indique une tendance à voyager sans planification, sans réservations, en acceptant les aléas et l’ennui parfois liés au voyage !
Mais, vu nos talents d’anglophones, il est certain qu’il ne fera pas beaucoup d’émules dans notre pays !
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