Selon IATA, les retards imputables aux défaillances du contrôle aérien ont généré un coût total de 16,1 milliards d’euros pour les compagnies aériennes et les passagers entre 2015 et 2025.
Basée sur des donnée d’Eurocontrol, IATA révèle à travers sa dernière étude que l’augmentation des retards ces dix dernières années est à l’origine d’une crise dont les conséquences financières se chiffrent en milliards. Selon le rapport, qui prend en compte les retards dits non planifiés dus uniquement aux défaillances structurelles du contrôle aérien, 70% des coûts ont deux causes principales. La première n’est autre l’insuffisance de capacité du contrôle aérien (48%), devant les problèmes de personnel (23%).
Les retards liés au personnel ont connu une augmentation de 201,7% depuis 2015, tandis que ceux liés à la capacité ont progressé de 179,7%, face à une hausse du trafic relativement faible. Les grèves du contrôle aérien, bien qu’elles ne représentent que 8,8% des minutes de retard, pèsent lourdement dans l’addition avec 15% du coût total, soit 2,4 milliards d’euros. Leur impact s’explique par leur durée moyenne de 27,5 minutes, près du double de la moyenne générale de 15,4 minutes, et par leur caractère souvent imprévisible qui complique la gestion opérationnelle des compagnies, précise IATA.
6,4 milliards d’euros de pertes estimées pour les passagers
Pour les compagnies aériennes cette perte se chiffre à 9,7 milliards d’euros de coûts directs sur les dix dernières années. La facture est également salée pour les passagers et atteint 6,4 milliards d’euros, correspondant essentiellement à la valorisation du temps perdu. Si tous les voyageurs subissent les conséquences de ces dysfonctionnements, l’impact économique est particulièrement prononcé pour les voyageurs d’affaires. Selon le rapport, la valeur du temps perdu est évaluée à 54,56 euros de l’heure pour un déplacement professionnel, contre 22,34 euros pour un voyage loisir. Dans un contexte où les retards de plus de 60 minutes, bien que ne représentant que 2% des vols perturbés, génèrent à eux seuls 27% du coût total, les voyageurs d’affaires se retrouvent particulièrement exposés. Ces retards longs entraînent des perturbations en cascade : correspondances manquées, réunions annulées, et réorganisations d’agendas qui se répercutent bien au-delà du temps d’attente initial.
La France, mauvaise élève européenne
L’étude souligne par ailleurs une forte concentration géographique du problème. Les contrôles aériens français (DSNA) et allemand (DFS) sont identifiés comme étant à l’origine de plus de la moitié des minutes de retard cumulées en Europe. La DSNA seule est responsable de 38% des coûts totaux, soit 6,1 milliards d’euros.
Face à ces constats, IATA appelle à une refonte structurelle du système européen de contrôle aérien. L’organisation souligne que la concentration des problèmes sur un nombre limité d’acteurs offre paradoxalement une opportunité : des améliorations ciblées sur quelques organismes pourraient générer des bénéfices significatifs pour l’ensemble du réseau européen. Ses recommandations portent sur plusieurs axes, dont des investissements massifs dans la formation et le recrutement de contrôleurs, la modernisation des infrastructures techniques, une meilleure coordination transfrontalière pour optimiser l’utilisation de l’espace aérien ou encore le renforcement du dialogue social pour limiter l’impact des mouvements de grève. Sans ces mesures, la croissance attendue du trafic aérien post-pandémie ne fera qu’aggraver une situation déjà critique, prévient IATA.
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