Devant les quelque 550 agents de voyage réunis pour le 50ème congrès de Selectour, Henri Hourcade a dressé un panorama complet de la stratégie Air France, marquée par des investissements colossaux et une adaptation aux nouvelles réalités du marché business. Entre montée en gamme assumée et pragmatisme face à l’effondrement des navettes intérieures, la compagnie tricolore redessine son offre.
Les cabines avant, un segment stratégique et résilient
« Air France continue d’investir sur la montée en gamme, continue d’investir pour nos clients sur les cabines avant », annonce d’emblée Henri Hourcade. Un segment qui a démontré sa solidité : « Sur l’année 2025, ça a été très résilient avec des résultats très stables sur le marché français. »
Illustration : « Les cabines avant, c’est près de 30% des ventes de Selectour sur Air France », souligne le dirigeant, confirmant l’importance stratégique du partenariat avec le réseau. « La partie affaires de Selectour est une partie très importante et on le voit dans nos chiffres et dans notre relation de partenariat. »
En l’espèce, l’évolution la plus spectaculaire concerne la cabine Première, dont les nouvelles suites ont été dévoilées au printemps. Le déploiement se poursuit méthodiquement : après New York, Singapour, Los Angeles et Miami en novembre, Tel Aviv suivra le 15 décembre, puis Tokyo Haneda à partir de mars 2026.
« Le produit vol a été vraiment revisité avec ces nouvelles cabines », explique Henri Hourcade, avant de détailler l’atout majeur : le produit sol. « Un parcours totalement privé, totalement confidentiel avec un espace dédié, accueil personnalisé, accompagnement prioritaire. Vous êtes dans un cocon depuis la sortie de la voiture jusqu’à la montée dans l’avion avec un transfert en voiture privée sur le tarmac. »
La cabine affaire poursuit également son évolution avec deux innovations concrètes. D’abord, sur les Boeing 777-300 et Airbus 350, « une porte coulissante qui permet de privatiser complètement l’espace avec plus de bien-être et de confort », dont le déploiement sera bouclé fin décembre.
Au-delà des cabines, Air France déploie les moyens : « On investit environ 1 milliard d’euros sur 5 ans sur tout ce qui n’est pas avion, cabine. Donc les salons, ce qui est au sol, le digital, le wifi. » Les salons bénéficient d’une attention particulière. Cette année, le Terminal 2E Hall K à Roissy CDG s’est agrandi de 900 m² supplémentaires avec un espace Ultimate privé. Outre-Atlantique, la compagnie a ouvert des salons à Boston en août, puis à Chicago en septembre-octobre.
La stratégie tarifaire premium porte ses fruits : à capacité équivalente en 2025, la compagnie affiche « plus 20% de chiffre d’affaires », “avec des tarifs assez élevés”, assume le directeur général.
Starlink : le wifi comme à la maison
L’innovation majeure de 2025 porte un nom : Starlink. « Le wifi au débit, avec Air France étant la première compagnie européenne à acheter le produit Starlink », annonce fièrement Henri Hourcade. « C’est le seul aujourd’hui à délivrer cette qualité et cette couverture planétaire. C’est le seul produit wifi avec une qualité comme à la maison sur toutes nos routes et tous les survols de la planète, du pôle nord jusqu’au sud. »
Le déploiement est rapide : depuis septembre 2025, une vingtaine d’avions sont équipés (Embraer, A220, A350), « 30% de la flotte sera équipée le mois prochain et 100% de la flotte à la fin de l’année 2026 ». Et l’atout de taille : « C’est évidemment un accès gratuit. Il suffit d’être membre Flying Blue, donc s’inscrire, mettre son numéro Flying Blue et vous regardez votre série. »
Bascule sur Roissy le 29 mars 2026
La chose était connue, Henri Hourcade en a rappelé les contours. « La bascule sur Orly aura lieu le 29 mars 2026. A cette date, Air France basculera l’ensemble de ses vols sur CDG et Transavia reprendra les vols navette Toulouse, Nice et, plus modestement, Marseille. »
Le mouvement part d’un constat sans appel : « Le changement des comportements voyageurs : une réduction massive des voyages d’affaires sur l’intramétropole. L’aller-retour journée qui était le cœur de notre business sur les navettes s’est réduit de plus de 60% depuis 2019. » Les causes ? « Les visioconférences, la pression environnementale, le train aussi. »
Face à cette mutation, Air France adopte une stratégie à deux volets. Sur Orly, Transavia assurera « 8 fréquences sur Toulouse, 8 fréquences sur Nice et 2 fréquences sur Marseille ». Sur Roissy CDG, l’offre Air France sera massivement renforcée : « 12 fréquences sur le CDG-Toulouse, 12 fréquences quotidiennes sur le CDG-Nice et 10 fréquences quotidiennes sur le CDG-Marseille. »
Le positionnement est clair : « Un produit de haute qualité sur Charles de Gaulle, un produit à haute fréquence avec 100% des vols au contact sur le même finger au terminal 2F », avec accès au plus vaste salon d’Air France au terminal E Hall F. Autre bénéfice stratégique : « L’amélioration de la connectivité à Toulouse, à Nice et à Marseille sur notre hub long-courrier. C’est un point majeur pour notre core business long-courrier d’avoir en permanence sur des villes qui sont très concurrentielles. »
1 milliard par an dans le renouvellement de flotte
Sur le front environnemental, Air France maintient le cap avec des investissements massifs. « Le renouvellement de notre flotte avec des avions de nouvelle génération. C’est 1 milliard par an d’investissement », précise Henri Hourcade. Résultat : « En 2019, 4% de la flotte était équipée en nouvelle génération. On sera le mois prochain à 45%, à 80% en 2030. » La compagnie vient de recevoir son 50ème A220 et son 40ème A350. « Le premier pilier de la décarbonation, ce sont ces nouveaux avions qui consomment de 25 à 30% de CO2 en moins. »
Les autres leviers sont activés : l’écopilotage, l’intermodalité avec la SNCF au départ de Lille, Strasbourg et Lyon avec « des pricings de plus en plus compétitifs », et surtout le carburant durable. Sur ce sujet, « l’objectif est de 10% d’incorporation en 2030. On est encore à 2% », reconnaît le dirigeant, tout en soulignant le leadership d’Air France : « Si on représente 3% de la consommation de kérosène dans le monde, on représente depuis plus de 2 ans près de 15 à 16% de la consommation de carburant durable. » La cible reste inchangée : « Toujours le même objectif à 2030 : -30% de CO2 par passager kilomètre par rapport à la référence de 2019. »
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