Royaume-Uni : La fiscalité menace-t-elle les voyages d’affaires ?

À la veille du budget britannique du 26 novembre, les acteurs du voyage d’affaires alertent sur l’impact potentiel de nouvelles taxes sur la compétitivité du pays.
 
Le gouvernement britannique s’apprête à présenter son budget annuel ce mercredi 26 novembre, et les rumeurs de hausses fiscales touchant directement les déplacements professionnels suscitent l’inquiétude des acteurs du secteur. Trois organisations, dont la Global Business Travel Association (GBTA), l’Institute of Travel Management (ITM) et la Business Travel Association (BTA) britannique, ont publié une déclaration commune pour mettre en garde contre ces mesures potentielles.
 
 
Au cœur des préoccupations : une probable augmentation de la taxe sur les passagers aériens (Air Passenger Duty), l’introduction possible d’une taxe de séjour hôtelier, et une nouvelle charge kilométrique pour les véhicules électriques. Selon les organisations professionnelles, ces mesures « risquent de compromettre la croissance au moment même où l’économie britannique en a le plus besoin ».

Trois axes fiscaux en ligne de mire

L’Air Passenger Duty (ADP), déjà considérée comme l’une des taxes aériennes les plus élevées et complexes au monde, pourrait connaître une nouvelle hausse. Actuellement, cette taxe génère plus de 4 milliards de livres sterling par an pour le Trésor britannique, avec des taux qui ont augmenté de 350 millions de livres lors du dernier exercice fiscal.
« Une nouvelle augmentation de l’APD risque d’éroder la compétitivité du Royaume-Uni en tant que destination d’affaires », déclare Clive Wratten, directeur général de l’association professionnelle BTA. Il ajoute : « L’APD n’est pas simplement une charge pour les passagers, c’est une taxe sur la connectivité mondiale qui pénalise directement les entreprises britanniques engagées dans le commerce international. »
 
 
En parallèle, la Chancelière Rachel Reeves envisagerait de donner aux maires le pouvoir d’instaurer une taxe sur les nuitées d’hôtel, similaire aux dispositifs déjà en place dans plusieurs villes européennes. Londres pourrait ainsi lever jusqu’à 240 millions de livres sterling annuellement avec une telle mesure. Édimbourg a déjà annoncé l’introduction d’une taxe de 5% sur le coût des hébergements payants à partir de juillet 2026. Si ce modèle était étendu à l’Angleterre, cela représenterait, selon l’organisation UKHospitality, un coût supplémentaire de 518 millions de livres pour les voyageurs, avec un taux effectif de taxation atteignant 27% une fois la TVA incluse.
 
« Une taxe de séjour peut sembler modeste, mais pour les villes régionales en concurrence pour attirer conférences, investissements et talents, elle devient un frein direct », souligne Clive Wratten. « Ces taxes toucheront précisément les zones que le gouvernement cherche à développer, pénalisant les voyageurs dont les visites alimentent les économies locales. »
 
 
Enfin, une troisième mesure, plus surprenante dans le contexte de la transition écologique, concernerait les véhicules électriques. À partir de 2028, les conducteurs de VE pourraient payer un supplément de 3 pence par mile parcouru, en plus des taxes routières existantes.
Cette proposition suscite des critiques de la part des constructeurs automobiles et des organisations de mobilité, qui craignent qu’elle n’envoie « des messages contradictoires sur l’engagement du Royaume-Uni envers des déplacements professionnels plus écologiques », selon les termes de M. Wratten.

Un contexte économique délicat

Ces mesures fiscales s’inscrivent dans un contexte budgétaire contraint pour le gouvernement britannique. Le Trésor doit faire face à une baisse inévitable des recettes de la taxe sur les carburants (qui rapporte actuellement 24,4 milliards de livres par an) à mesure que les véhicules électriques remplacent les voitures à essence et diesel, avec l’interdiction de vente de véhicules thermiques neufs prévue pour 2030. Le secteur de l’hôtellerie-restauration britannique, déjà fragilisé par les hausses de coûts d’exploitation et les difficultés post-Brexit, voit ces nouvelles taxes potentielles comme une charge supplémentaire difficile à absorber.
 
Les trois associations professionnelles ont réaffirmé « leur engagement à travailler en collaboration » avec le gouvernement britannique sur des politiques favorisant la croissance économique « sans entraver les voyages d’affaires« . « Le voyage d’affaires n’est pas un luxe, c’est ainsi que le Royaume-Uni attire des investissements, fournit des services et maintient ses chaînes d’approvisionnement en fonctionnement […] Nous avons besoin d’un système de transport abordable, fiable et compétitif à l’échelle mondiale. », conclut Clive Wratten. 
 
 

L’article Royaume-Uni : La fiscalité menace-t-elle les voyages d’affaires ? est apparu en premier sur Déplacements Pros.