Le Grand Hôtel et Des Palmes est un magnifique compagnon de voyage pour qui veut (re)découvrir Palerme et s’offrir de belles découvertes architecturales, gastronomiques et bien sûr artistiques. Complètement rénové, ce cinq étoiles sublime la patine du temps, à l’œuvre partout dans la capitale sicilienne.
Faite d’hommages à son histoire et à la musique, de respect de son patrimoine architectural, de gastronomie, de services personnalisés et d’attentions à la clientèle, son hospitalité élégante est magnifiée par sa rénovation réussie .
Entreprise après le Covid par l’ancien propriétaire, elle a été poursuivie par le nouveau : depuis mars dernier, le champion de l’hôtellerie sicilienne Mangia’s (il est aussi l’un des cinq premiers groupes hôteliers d’Italie) est aux commandes de ce joyau.
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Facilement accessible depuis l’aéroport ( 30 minutes en taxi), le Grand Hôtel et Des Palmes est le seul établissement de sa classe dans le centre de la capitale sicilienne. Longtemps restée quatre étoiles, cette icône de l’hospitalité palermitaine en affiche désormais cinq, bien méritées.
Tandis que les réceptionnistes veillent aux formalités d’usage, le regard du nouvel arrivant est inévitablement attiré, côté droit, par un bel ensemble de canapés et fauteuils tapissés de velours vert.
Toujours côté droit, mais au fond du hall, un escalier en marbre conduit à l’étage, en contournant un élégant couple en marbre blanc perché sur un socle, devant un grand miroir doré.
Du côté gauche, un autre escalier en marbre veiné de gris mène également à l’étage. A son pied, veille un autre couple délicatement ciselé dans le marbre de Carrare.
Derrière la réception, trône le buste en marbre noir du client le plus célèbre de ce prestigieux hôtel : le compositeur allemand Richard Wagner.
De taille appréciable, mais tout en contraste avec la magnificence du hall, cette chambre affiche une sobriété étudiée, propice au repos nécessaire avant d’affronter la vibrionnante Palerme : des murs gris perle agrémentés de moulures blanches, sans aucune oeuvre d’art pour troubler cette heureuse simplicité.
Des rideaux d’un gris plus soutenu encadrent la fenêtre -ouvrant sur la Via Roma-, en correspondance de couleur avec l’habillage du lit. Le reste du mobilier, assez stylé, est noir, avec des touches beige-grises.
La salle de bain contiguë faite de marbre gris veiné de blanc, est composée d’une grande douche, d’un ample meuble vasque, d’un WC et bien sûr d’un bidet, élément sanitaire resté incontournable dans la plupart des hôtels italiens.
Tout le confort moderne n’en est pas moins présent, depuis la télévision à écran plat, le Wi-fi, les machines pour se faire un café ou un thé ou la climatisation aisée à régler, mais fort utile lorsque la chaleur estivale terrasse Palerme.
A l’origine, le Palazzo Ingham n’était pas, comme aujourd’hui, englobé dans une trame urbaine serrée : il faisait plutôt figure de résidence campagnarde. Il comptait seulement deux étages et était prolongé par un jardin exotique planté de palmiers qui courait jusqu’à la mer toute proche.
Racheté à la fin du XIXe siècle par le chevalier Enrico Ragusa, il fut transformé en hôtel par l’architecte Ernesto Basile, brillant et principal représentant, en Sicile, du modernisme et de l’Art Nouveau appelé Liberty en Italie. C’est à ce moment-là que la demeure est devenue le « Grande Albergo delle Palme », curieusement traduit en français par Grand Hôtel et des Palmes.
Très vite alors, cet hôtel de luxe est devenu le symbole de « l’âge d’or » de Palerme. Son nom reste attaché à celui des nombreuses personnalités, italiennes ou étrangères, qui l’ont fréquenté.
Parmi celles-ci, Richard Wagner. Le compositeur allemand qui y a séjourné, de novembre 1881 à février 1882, en compagnie de son épouse Cosima, y aurait achevé Parsifal, son ultime chef-d’œuvre, dans la suite 124, au premier étage.
En contraste avec la sobriété des autres chambres, son décor est extrêmement sophistiqué : imposant lustre en cristal à pampilles, plafond peint de motifs tarabiscotés, stucs dorés à la feuille sur les murs. On s’y croirait encore un bon siècle et demi en arrière !
Le mobilier quoique stylé, est plus sobre. Quant au lit, il se contente d’être king size. Adossé à une tête de lit en velours grenat, il est orné de coussins en velours vert émeraude.
La salle de bains, immense elle aussi, abrite une douche, une imposante baignoire balnéo, un meuble vasque double, des toilettes séparées et un fauteuil doré habillé de velours vert.
La pièce maîtresse de cette suite est, sans surprise, le piano à queue historique. Sur le clavier ouvert, une partition du Prélude de Parsifal.
Evidemment, cette suite n’est pas à la portée de tous : entre 3500 et 5500 € la nuit, selon les périodes.
A la mi-octobre, la suite 402 s’affichait à « seulement » 1425 € la nuit.
Et si, pour une chambre classique (la plus simple), les tarifs s’échelonnaient de 500 à 1000 € par nuit à la fin juillet 2025, ou encore à partir de 445 € à la fin août 2025, ils étaient « seulement » annoncés à partir de 250€ en novembre.
Comme en basse saison, il fait, le plus souvent, très doux à Palerme, on peut donc s’y offrir un séjour classe et une expérience incomparable de tourisme hivernal à un tarif assez abordable.
Bien malin toutefois qui peut dire combien il y a au juste de salons, tant ils paraissent nombreux, de tailles différentes et meublés de manière variée : fauteuils et un canapé beige ici ; fauteuil en velours rouge et table violon, là ; sofa et fauteuils crapaud aux tonalités dorées plus loin et ainsi de suite.
Le plus somptueux de tous est, bien entendu, le grand salon peuplé de fauteuils grenats sous un haut plafond à caissons en bois. En son centre trône un imposant piano à queue. Sur les côtés, les grandes baies vitrées ouvrent sur ce qu’il reste de l’ancien « Winter Garden ».
Dans son prolongement se trouve le précieux Salone degli Specchi (en français , « galerie des glaces ») qui fut la salle de bal de la famille Ingham.
On s’y sent un peu comme un(e) prince(sse) ou un(e) duc(hesse) ! Les hauts plafonds sont finement décorées et les murs verts pâle, agrémentés de stucs dorés.
Ce « Salone » devient restaurant, à la mi-novembre : on y sert, comme dans tous les établissements Mangia’s, une cuisine d’inspiration sicilienne préparée avec des ingrédients de saison et mâtinée de touches contemporaines. Les menus sont accessibles sur le site internet. Bien sûr il faut réserver.
Tout au long de l’année, ce même « Salone » accueille les petits déjeuners buffet, plantureux et variés. Il est bien difficile de résister devant l’assortiment de charcuteries, de fromages, de légumes, de viennoiseries, de gâteaux, de pains, de jus de fruits frais… D’ailleurs, on ne résiste pas !
Décoré de céramiques colorées modernes, quoique inspirées par les traditionnelles « têtes de Maures » dont raffolent les Siciliens, ce rooftop donne sur la via Roma.
En contrebas, la circulation peut être congestionnée mais, là-haut, le bruit ne vous atteint guère. En revanche, en se penchant un tantinet, on aperçoit, sur sa droite, l’église anglicane, et, tout au fond, le clocher de la cathédrale de Palerme.
Sur ce niveau, d’avril à la mi-novembre, s’organise un restaurant. Comme au « Salone« , on y célèbre la tradition culinaire sicilienne. Là aussi, réserver à l’avance.
Situé à vingt minutes des principaux monuments, il se prête parfaitement à une découverte de la ville à pied. Ceux qui veulent plus de confort s’adresseront à la conciergerie de l’hôtel, ouverte 24h/24, pour faire organiser leurs transferts privés comme pour se procurer les billets d’entrée dont ils ont besoin.
Fondée par les Phéniciens au VIIIe siècle avant J.-C. sous le nom de « Ziz » puis colonisée par les Grecs et les Romains, Palerme a, au fil des siècles suivants, vu passer tant de conquérants que l’on se perd facilement dans leur chronologie. La ville fut tour à tour byzantine, arabe, normande, espagnole, autrichienne avant de devenir, enfin, italienne.
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Les styles, les influences culturelles continuent de se superposer. En témoignent l’imposant palais normand construit au XIe à l’initiative du roi Roger II et son joyau, la chapelle Palatine, la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption érigée au XIIe à l’emplacement d’une basilique byzantine, les églises arabo-normandes, le palais Abatellis fin XVe (il abrite aujourd’hui la Galleria Regionale della Sicilia), les oratoires baroques, l’imposant palais baroque des Valguarnera-Gangi dans le quartier Kalsa, aussi bien que les villas Liberty, c’est à dire Art nouveau…
Si on aime la musique, direction le Théâtre Massimo : c’est l’opéra de Palerme, et aussi la plus vaste maison d’opéra d’Italie et l’une des plus grandes d’Europe. Il peut accueillir 1 640 spectateurs et sa scène réunir 700 acteurs !
Minée par la Mafia dans les années 1970-80, Palerme semble, depuis, s’être refaite une beauté et retrouvé un peu de calme. Certes, la ville reste bruyante, ses rues sont parfois un peu défoncées, pas très bien balayées, son atmosphère reste sans pareille, follement séductrice.
Il faudrait plus d’un long week-end de quatre, voire cinq, jours pour se l’approprier vraiment, prendre le temps de bavarder au hasard des rencontres et de s’attarder à plusieurs terrasses devant un cannolo (spécialité locale) et un café. Sans doute, faudrait-il revenir.
À n’en pas douter cependant, ce séjour palermitain autour du Grand Hôtel et des Palmes a une saveur bien particulière : celle de l’élégance et de l’authenticité.










