La présidente de l’association Femmes du Tourisme a dévoilé les résultats du premier Observatoire sur l’égalité femmes/hommes dans le tourisme. Certains sont préoccupants et le chemin est encore long pour aboutir à un monde du tourisme égalitaire.
Pour disposer de données précises, Femmes du Tourisme a mis en place le premier Observatoire de l’égalité femmes/hommes dans le tourisme, un secteur qui manquait jusqu’à présent d’éléments chiffrés et objectifs.
Concrétisé par la revue Espaces qui édite un document complet de 84 pages, cet Observatoire fut un long travail, sous l’égide du fonds Essentiem et avec le soutien de quatre mécènes : Orchestra, Digitrips, Xplorassur et Or & Change.
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Durant quatre mois, trois journalistes d’Espaces et deux universitaires ont épluché les résultats d’une enquête à laquelle 1916 professionnels (agences, offices de tourisme, hébergeurs…) et 286 étudiants en tourisme ont répondu, avec une prépondérance de femmes (84%).
Ils ont été complétés par des entretiens qualitatifs d’environ une heure pour disposer de témoignages plus personnels, et souvent émouvants.
Première constatation : 49% des femmes dans le tourisme gagnent moins de 30 000 € brut par an, contre 27% pour les hommes. « Ce n’est pas réellement étonnant mais glaçant ; même si le tourisme n’est pas nécessairement un mauvais élève, c’est souvent le même constat dans les autres secteurs » commente Emmanuelle Llop.
« Cette différence peut s’expliquer par le temps partiel, plus répandu chez les femmes, et par une difficulté à négocier son salaire » précise le magazine Espaces.
Ainsi, lors de leur dernière évolution professionnelle, 42% des répondants déclarent avoir perçu une augmentation de salaire de moins de 500 € bruts annuels (42 € par mois !) . Les femmes sont surreprésentées dans la catégorie des répondants qui n’ont pas osé négocier leur salaire et/ou qui n’ont pas obtenu l’augmentation souhaitée.
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Promotion limitée et freins liés à la parentalité sont autant d’obstacles à la progression professionnelle des femmes.
Les témoignages récoltés lors de l’enquête sont édifiants : « en remplacement d’un directeur homme, mon salaire, au même niveau d’expérience, a été diminué de plus de 1000 € par mois » ou « toutes les femmes ont été embauchées au physique dans mon entreprise ».
Pire, une répondante témoigne : « J’ai entendu à un entretien d’embauche : vous comptez pondre un autre chiard ? ». A ce sujet, la quasi-totalité des femmes déclarent « estimer que la parentalité est perçue comme un frein à leur progression professionnelle ». Et notamment le congé parental, souvent synonyme de stagnation voir de recul de carrière.
Parmi les témoignages de ces dernières, citons un candidat masculin préféré pour un poste à responsabilité, à niveaux de diplômes et d’expériences équivalents ; des remarques sexistes du genre « vous mettrez-vous à pleurer si je refuse de mettre en œuvre un projet que vous avez proposé », ou encore des embauches selon des critères physiques.
D’autres formes de discrimination, liées à l’âge, à l’apparence ou à l’origine, viennent encore aggraver les inégalités, en particulier pour les femmes.
Moins présentes, les femmes sont également moins rémunérées que leurs homologues. Parmi les responsables d’entreprise qui annoncent plus de 21 millions d’euros de chiffre d’affaires et des revenus supérieurs à 6000 € /mois, les hommes sont très largement majoritaires.
Les dix femmes dirigeantes qui témoignent, dans l’Observatoire, de leur parcours et de leurs difficultés, sont autant d’exemples inspirants : Anne Rigail (directrice générale d’Air France) comme Valérie Boned (présidente des Entreprises du Voyage) ; Anne Marty (présidente des Domaines skiables de France) comme Adriana Minchella (présidente du Cediv).
Dans les prochains mois, Femmes du Tourisme ambitionne de mettre en place une feuille de route pour accompagner la profession sur le chemin de l’égalité, sensibiliser les dirigeants et services RH, mettre en avant des entreprises exemplaires, travailler avec les écoles ou encore encourager les femmes à prendre davantage la parole lors grands événements de la profession.
Et, in fine, faire du tourisme un secteur exemplaire. « Promouvoir l’égalité femmes/hommes dans le tourisme n’est pas un supplément d’âme, c’est une condition essentielle à la durabilité du secteur » conclut Emmanuelle Llop.
La présidente a déjà pu faire passer le message lors de la journée-anniversaire de Femmes de Tourisme organisée au Rex de Paris, le 20 novembre.
Au programme, des tables rondes sur l’égalité dans le tourisme et des témoignages inspirants, avant un cocktail dînatoire placé sous le signe de la bienveillance…
