De la licorne à la faillite : la lourde chute de l’hôtelier Sonder

Le 10 novembre 2025, l’entreprise de location d’hébergement courte durée Sonder annonçait sa faillite immédiate, seulement un jour après la rupture de son partenariat avec Marriott International. 
 
Le 9 novembre 2025, Marriott International mettait fin à son accord de licence avec Sonder, conclu seulement quinze mois plus tôt, en août 2024. Ce partenariat devait permettre aux membres du programme de fidélité Marriott Bonvoy de réserver les quelque 7.500 appartements meublés et chambres d’hôtel-boutique de Sonder, présents dans 37 villes à travers le monde, dont Paris, Cannes et Nice. L’ambition était claire : positionner Sonder comme une alternative premium à Airbnb, adossée à la réputation d’un géant hôtelier.
 
 
Selon les documents judiciaires déposés au tribunal fédéral du Delaware, la réalité s’est avérée bien différente. Marriott affirme avoir pris cette décision après que Sonder l’ait informé de son intention de déposer le bilan en Chapitre 7, une procédure de liquidation qui ne prévoit aucune poursuite des activités. « Marriott a mis fin à son accord de licence avec Sonder parce que Sonder nous a informés qu’ils se dirigeaient de manière imminente vers une faillite en Chapitre 7, sans intention de poursuivre leurs opérations », a précisé un porte-parole du groupe hôtelier.

Des difficultés techniques aux conséquences financières dramatiques

Dans son communiqué officiel, Sonder a reconnu avoir fait face à « de sévères contraintes financières découlant, entre autres, de défis prolongés dans l’intégration des systèmes de l’entreprise et des arrangements de réservation avec Marriott International ». Janice Sears, directrice générale par intérim de Sonder, a évoqué des « défis inattendus dans l’alignement de nos cadres technologiques », entraînant des coûts significatifs et une baisse marquée des revenus.
 
 
Les documents de faillite révèlent une entreprise au bord du gouffre depuis plusieurs mois. En septembre 2025, Sonder avait formé un comité spécial pour explorer des options stratégiques. En octobre, des négociations étaient en cours pour vendre les actifs et obtenir un financement de restructuration, mais le 2 novembre, ces discussions s’effondraient brutalement lorsque le prêteur potentiel se retirait de manière inattendue. Quatre jours plus tard, Sonder obtenait un financement d’urgence de Marriott pour honorer ses obligations à court terme, ultime tentative de maintenir l’entreprise à flot. Selon les allégations de Marriott déposées au tribunal, les dirigeants de Sonder auraient même menacé d’abandonner « des milliers de clients » à moins que le groupe hôtelier ne fournisse jusqu’à 50 millions de dollars en financement d’urgence…

Des voyageurs pris au dépourvu et livrés à eux-mêmes

Les conséquences pour les clients ont été immédiates. Dès le 9 novembre, des voyageurs du monde entier recevaient des courriels de Marriott les informant qu’ils devaient quitter leur hébergement le lendemain matin. Sur les réseaux sociaux, les témoignages se sont multipliés. Certains clients se sont retrouvés dans l’incapacité d’accéder à leur chambre où se trouvaient leurs affaires, les codes d’accès numériques ayant cessé de fonctionner. D’autres ont partagé des photos les montrant errant dans les rues avec leurs bagages, à la recherche d’un hébergement de dernière minute. Une lectrice du média The Points Guy, arrivée à Toronto pour un séjour professionnel, a découvert son hôtel fermé et repris par le propriétaire du bâtiment pour loyers impayés.
 
Concernant les remboursements, Sonder étant en procédure de faillite, l’entreprise est temporairement déchargée de ses obligations financières, y compris les remboursements aux clients. Marriott a précisé qu’il ne pouvait pas traiter ces remboursements, Sonder étant le commerçant enregistré pour ces réservations. Les clients sont donc invités à contester les charges auprès de leur société de carte de crédit. 

Une startup autrefois valorisée à plus d’un milliard de dollars

Fondée en 2014 à Montréal par Francis Davidson, Sonder avait connu une ascension fulgurante. L’entreprise, qui servait environ 500.000 clients par an, avait atteint une valorisation de plus d’un milliard de dollars, rejoignant le club fermé des « licornes » technologiques. Son modèle reposait sur la gestion d’appartements meublés haut de gamme et d’hôtels-boutique, combinant l’expérience de l’hôtellerie traditionnelle avec la flexibilité des locations courte durée.
 
 
Dans un entretien accordé à Business Insider, Francis Davidson, qui avait quitté ses fonctions en juin 2025, s’est dit « choqué » par l’effondrement de son entreprise : « J’ai consacré mon cœur et mon âme à la construction de cette entreprise. Nous nous sentions tous bien concernant la dynamique positive que nous constations en juin, et voir maintenant que l’entreprise s’est heurtée à un mur, c’est tout simplement choquant pour moi. » Le dépôt de bilan officiel, enregistré le 14 novembre au tribunal fédéral du Delaware, fait état d’actifs et de passifs estimés chacun entre 1 et 10 milliards de dollars, avec un nombre de créanciers compris entre 5.000 et 10.000. Sonder a également annoncé l’ouverture de procédures d’insolvabilité dans tous les pays où elle opère. 
 

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